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Nom du blog :
chdjamel
Description du blog :
Etre journaliste en Algérie. Les difficultés de commencer une carrière dans la presse.
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
06.10.2007
Dernière mise à jour :
26.04.2008
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Lettre ouverte aux journalistes algériens

Posté le 11.10.2007 par chafa Djamel
Chafa Djamel
Ex-journaliste au quotidien algérien El Watan
E-mail : Ch_djamel2@yahoo.fr



Lettre ouverte aux journalistes algériens

Ce qui va suivre est un modeste témoignage d’un jeune journaliste de 26 ans qui s’est fait renvoyer de et par son journal, El Watan, le 26 mai 2007, suite à des pressions exercées sur lui par des services de sécurité. Prétexte officiel : « Refus de respecter l’hymne national », lors d’une couverture médiatique. En l’espace de quelques jours, un consensus s’est forgé autours de moi, contre moi. Les responsables du journal, des confrères et des corps constitués se sont levés comme un seul homme pour me dénigrer sans ménagement. Une «main étrangère » a ainsi demandé et obtenu mon renvoi ; mes supérieurs se sont instinctivement pliés sur quatre pour satisfaire rapidement cette injonction venue d’en « haut » et la quasi-totalité des confrères, comptés parmi les plus proches, ont préféré faire le mort. D’amblée, je me pose ces questions : que viennent faire les services de sécurité dans cette affaire ? Par quel miracle on a fait d’un incident un drame ? Pourquoi le journal a prêté le flanc en répondant favorablement à la demande de mon éjection ? Pourquoi l’employeur a préféré abuser de son pouvoir en n'infligeant une suspension abusive que de statuer sur mon cas ?...

Je crois pouvoir apporter des éléments d’information à quelques unes de ces interrogations. Si la soudaine « mobilisation » des services de sécurité reste pour moi un mystère, elle ne l’est sans doute pas pour la direction du journal. En revanche, j’ai pleinement conscience que le procès sans appel qui m’a été tenu par mes responsables est une suite plus au moins logique de mon rendement en tant que journaliste à la rubrique locale d’Alger. Un rendement qui n’aurait pas placé en priorité la défense des intérêts de l’entreprise que je suis sensés deviner. Mais ce témoignage ne peut qu’être partial, car je ne prétends pas détenir toute l’information sur les réelles motivations qui ont abouti à la condition où je suis actuellement. C’est que la première réaction de l’employeur, après ma suspension, c’était d’entrer en situation d’hibernation. La rétention d’information a été appliquée à l’unanimité à la direction, à l’administration et à la rubrique locale. Tout a évolué depuis le début dans le flou. Le terrain a été ainsi préparé à des pires spéculations et de folles rumeurs qui ont alimenté les discussions dans les rédactions algéroises. Il faut dire que pour la corporation, c’était vraiment le feuilleton de l’été. Tout le monde en spicule encore. A chaque rencontre, le sujet devient inévitable. On me pose les questions les plus ubuesques qui témoignent d’un travail de propagande ayant pour but de me rendre seul responsable de mon sort. Je trouve cependant très regrettable, condamnable même, le fait que, dans mon propre journal, des personnes que j’ai côtoyées dans une ambiance bon enfant, depuis plus de deux ans, se laissent convaincre par des monstruosités. Ils me fixent, voyez-vous, dans le blanc des yeux et me posent sans détour cette question : « As-tu vraiment dis, ce jour là, au policier qui est venu te demander de te lever : « Allez vous faire foutre, vous et votre hymne national ? ». Ahurissant ! Des scénarios de ce genre ont été montés afin, je pense, ne pas avoir à justifier une décision des plus scandaleuses.
C’est donc dans le souci d’apporter des éclairages sur cette "affaire" que je vous adresse cette lettre ouverte. C’est aussi dans le but de témoigner d’un cas d'ingérence très grave qui ne serait se reproduire. Deux années de travail se trouvent ici résumées pour mieux appréhender la question. Quand on est dans une impasse, dit-on, il faut retourner au point de départ pour retrouver son chemin.

Ce document a été produit sous des tensions multiples. Excusez donc les maladresses.


Quatre mois de suspension

C’est aujourd’hui, 26 septembre, que je boucle quatre mois de suspension. Le contrat d’une année qui me lie depuis le 1er décembre 2006 à l’entreprise El Watan a prit un autre tournant le lundi 24 septembre par un procès verbal (PV) de non conciliation délivré par les services de l’Inspection du travail (Alger centre). A deux reprises, l’employeur était absent à la réunion dite « tentative de conciliation ». Mon dernier recours reste donc la justice pour faire valoir mes droits, conformément aux clauses du contrat antiréglementaire que j’ai signé. Je ne me fais cependant pas d’illusion : inutile de demander la réintégration. Les responsables du journal me l’ont bien fait comprendre. Le mardi 25 septembre, j’ai passé au siège pour récupérer mes affaires. Le même jour, la direction se serait donnée la liberté de bloquer mon adresse électronique (chdjamel@elwatan.com), dans la messagerie du journal (mail.elwatan.com), que j’utilisais fréquemment et exclusivement dans mes différentes correspondances. J’ai insisté à plusieurs reprises, mais rien : « utilisateur inconnu, mot de passe incorrect. » On aurait pu m’avertir pour que je puisse prendre mes dispositions. Ainsi donc, on m’a confisqué un trésor inestimable et irremplaçable (messages et carnet d’adresses). Cette démarche a eu pour première conséquence de retarder de quelques jours la publication de cette lettre ouverte. Cherche-t-on à effacer toute trace de mon passage dans les lieux ? J’ignore pour le moment si le service de documentation de l’entreprise a été instruit pour retirer tous les articles qui portent ma signature. Mais attention : mon nom est aussi transcrit sur les fiches de quelques livres de la petite bibliothèque. Pour vous orientez, il vous suffit de consulter les manuels qui traitent du journalisme et quelques livres de Houellebecq, Maupassant et Feraoun. Bon courage !

A présent, rien ne me rattache au quotidien de Omar Belhouchet, sauf une dette de plus de 110 000 da (1100 euro) contractée suite à l’achat, en avril dernier, d’un micro portable qui a servi à la rédaction de ce document. En quelques mois, mon employeur a fait de moi un mendiant dans les rues d’Alger, fréquentant assidûment, honteusement, les « restos du cœur » en ce moi de carême. Pas moyen de procéder autrement quand on a 500 da (50 euro) dans son compte bancaire et déjà 20 000 d’emprunts (200 euro) qu’il faudra un jour rembourser. Dès mon renvoi, j’ai « sauté » le déjeuner de façon à amortir mes dépenses, ce qui a été une très dure expérience. Le mois sacré m’a cependant bien réussi, Dieu merci ! J’arrive quelques fois à limiter mes dépenses à 30 da (3 euro) par jour (un journal le matin, un thé et des cacahouètes la soirée).
Par naïveté et sans doute par excès de confiance, j’ai beaucoup sous-estimé les capacités de nuisance de quelques actionnaires. Je respectais les procédures au moment où le jeu s’exécutait sur un autre terrain. Sur le plan réglementaire, tout est faux dès le début. Une clause de mon contrat prévoit un licenciement en cas de « faute grave », mais on me suspend pour une faute qu’on qualifie de « très grave » ! La décision de suspension était plus au moins claire sur un point : « Nous sommes au regret de vous informer que vous être suspendu à compter du 26/05/2007, en attendant de statuer définitivement sur votre cas. » Le conseil d’administration, entité compétente et souveraine en la matière, n’a jamais statué sur mon cas, ou alors il a décidé de ne rien décider poussant la situation à l’abus. Le règlement intérieur, selon l’administration, prévoit deux mois d’arrêt, au maximum. Le conseil, en principe, avait trois solutions possibles : réintégration, traduction devant le conseil de discipline ou licenciement. Il est sensé en retenir une dans les délais précités, pour se conformer à ses propres textes. Finalement, toutes ces options ont été esquivées. Pourquoi? Selon la même administration, il n’a jamais été question de ma réintégration. Parallèlement, mon chef de rubrique, Ali Guissem, n’a cessé de me déclarer : « Tu ne dois pas perdre espoir », « tu as toutes les chances de revenir » ou alors, «ton contrat n’a pas été résilié. » Interrogé pour la dernière fois, il dit : « Laisse-moi tranquille. Tu sais très bien que j’ai fais carême. » Bien entendu, il ne faut pas mentir durant le moi sacré au risque de compromettre son jeûne devant l'Eternel. Le procédé a bien fonctionné.


Journée de sensibilisation contre la drogue

Il était 9h passée quand nous sommes arrivés sur les lieux où devait se dérouler la manifestation. Il s’agissait d’une « journée de sensibilisation contre la drogue et la toxicomanie en milieu scolaire ». Lieu : le centre de formation professionnel (CFPA) de Chéraga (Alger ouest). Comme d’habitude, la gendarmerie nous a pris en charge (transport), dès 8h30, à partir de la Maison de la presse Tahar Djaout, place du 1er Mai (Sidi M’hamed).

La salle était occupée par une centaine d’apprentis en informatique, en menuiserie et en couture ainsi que leurs profs. Hormis cela, rien n’indique que des actions de sensibilisation s’y dérouleront. C’est que les préparatifs n’ont pas encore commencé. Les grands absents étaient les parents d’élèves et les responsables du secteur de l’éducation à l’échelle de la wilaya (ça parle des écoles, non ?) Après l’arrivée des conférenciers (représentants de la gendarmerie et de la police), quelques apprentis ont été appelés à coller eux-mêmes des affiches. Parallèlement, gendarmes et policiers s’affairaient à installer leurs matériels : micro portable et data show... Finis les préparatifs, on pouvait enfin commencer. Et le commencement était l’intonation de l’hymne national. Un gendarme demanda à l’assistance, dans un Arabe littéraire, de se lever. Tout le monde s’exécuta sauf moi.

J’étais assis à quelques pas de la porte, entre deux femmes : une journaliste du quotidien arabophone Echorouk et une dame dont la carte de visite indiquait : « Services du chef du gouvernement. Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie ».

L’incident a été su au journal le lendemain matin :
-Monsieur Chafa, quand on entend l’hymne national, il faut se lever !
C’était Fayçal Métaoui, reporter et ancien rédacteur en chef, qui m’a ainsi interpellé au siège. Comment le savait-il ? « J’ai mes sources », répondit-il en riant. Tout ce qui c’était passé entre le 22 et le 26 mai était pour moi un grand mystère au moment des faits. Les premiers échos me sont parvenus deux semaines plus tard!


« Tu as dépassé la ligne rouge »

En ce matin du 26 mai, j’ai croisé Zine Cherfaoui, qui fait office de rédacteur en chef, dans le couloir du journal. Son visage est devenu pâle en me voyant. Il a hésité sur l’attitude à adopter avant de se décider à pénétrer dans son bureau, se mobilisa à deux pas de la porte et semblait m’attendre. Je parvins à son niveau, il se retourna, tenta de sourire, me serra fortement la main et prononça quelque chose que je n’ai pas compris mais qui rassemblait à des salutations. Ce visage de mort m’a fortement troublé. C’était inhabituel.

Quinze jours plus tard, soit le 10 juin, j’ai appris par le biais de collègues, que c’était M. Cherfaoui qui m’a dénigré sans ménagement, devant les responsables et une dizaine de journalistes, en pleine réunion de la rédaction. Après un coup de téléphone de la police. Le concerné, affirme-t-on, a surtout insisté sur la « gravité de l’acte ». Le 24 mai, il me disait : « Tu as dépassé la ligne rouge. Ça a fait le tour d’Alger (comprendre les chancelleries).» Ce n’est que maintenant que je comprends tout le sens de cette déclaration.

Je n’ai aucun problème personnel avec M. Cherfaoui. Une relation amicale nous liait depuis mon entrée à EL Watan en tant que stagiaire, en février 2005. En deux ans, Zine m’a habitué quotidiennement à de larges sourires, de chaudes accolades et à ce refrain : « Bonjour mon ami ! » Cette relation était si profonde au point où il a proposé, le 6 mars 2006, à la rédaction en chef alors sous la responsabilité de Fayçal Métaoui, de m’affecter à la « Nationale ». Il a estimé, je le cite, que j’étais « prêt »...
Cette relation connait cependant des tensions quand M. Cherfaoui prenait de temps à autre l’intérim de la rédaction en chef. Au premier incident survenu depuis que « mon ami » est désigné à la tête de la rédaction, au printemps dernier, je me suis retrouvé dehors.

Le premier « malentendu » date de 2006. Les faits : le 24 août, le ministre du tourisme, M. Nourredine Moussa, était en visite dans des plages et des hôtels à Alger, accompagné des responsables de la wilaya, de quelques walis délégués et d’une dizaine de journalistes. Dans la commune de Heuraoua (Est d’Alger), il s’est produit un incident : le ministre s’est rendu à la plage El Qadous en prenant un passage au milieu des excréments. J’avais jugé que ce fait mérite d’être relevé et c’est pour cela que je l’ai souligné dans mon compte rendu (El Watan du 25/26 août). L’article a été publié sans censure dans la rubrique locale « Alger info », sous la responsabilité d’un intérimaire. Trois jours après, soit le lundi 28 août, le journal a ouvert avec, entre autres, une interview donnée par le ministre du tourisme qui a « bien voulu répondre aux questions » d’un collègue. Y avait-il une relation directe entre les deux articles ? Des confrères ont exprimé, ce jour là, leur mécontentement envers ce qu’ils ont qualifié de tentative de la rédaction de sauver l’honneur d’un ministre de la République trainé dans la m… (au sens propre du terme) en enfonçant son propre journaliste. Une tentative qui a donnée à réfléchir à plusieurs compagnons qui ont pris très au sérieux cette solidarité dont l’auteur se trompait de sujet, déontologiquement parlant. Depuis cet été, M. Cherfaoui me demandait ce qu’il appelait des « papiers sympathiques ».

« Tu joue ton sandwich fritte-omelette ! » C’était là un avertissement de mon ancien ami suite à un compte rendu publié dans l’édition du 8 janvier 2007. La veille, les cellules chargées de la protection du patrimoine matériel national relevant de la gendarmerie nationale, ont présenté leur bilan annuel devant la presse. Lors d’une conférence, le chef de la cellule de Ouargla (au sud du pays) a déclaré, devant une vingtaine de journalistes, que la boite de la téléphonie mobile Djeezy (gros annonceur), a fait installer une antenne relais sur le fort Morand de Laghouat et y a aménagé un appartement au gardien, ce qui représentait pour lui une atteinte flagrante à ce patrimoine au regard de la loi. Avec l’accord du rédacteur en chef, M. Métaoui, j’ai donné l’information. Quand je suis entré au journal, ce 8 janvier, j’y ai rencontré le chargé de communication de la gendarmerie, colonel de son état. Ce dernier m’interrogea devant des collègues et le responsable de la rubrique locale: « Tu veux enlever de la publicité à ton journal ? » Sans attendre ma réponse, M. Cherfaoui m’interpella : « Tu joue ton sandwich fritte-omelettes ! » Ce dernier, qui a fait rire l’assistance, ne croyait pas si bien dire. En fait, tout ce que je gagnais de mon travail, c’était la possibilité de me payer, chaque jour, un sandwich fritte-omelettes. Avec une mensualité de 19 000 da (190 euro environs), on ne peut pas se permettre plus que ça, n’est-ce pas M. Cherfaoui ?
Les dessous de la troisième confrontation restent à éclairer, mais la manière dont elle a été orchestrée laisse penser à un acte réfléchi découlant d’une volonté de nuire. En tous les cas, le premier responsable de la rédaction ne s’en est jamais expliquée. Les faits : le 13 février 2007, je signe en page actualité un article au sujet de la suspension du président de l’Apc de Birkhadem (Est d’Alger), d’obédience FFS. Le 17 février, je découvre dans les colonnes du journal une « mise point » dont voici le contenu publié sous le titre : « La fédération du FFS nous écrit ».

«Lecteurs assidus de votre quotidien, nous avons étaient néanmoins surpris par l’article de l’un de vos journalistes sous le pseudonyme de Chaffa Djamel, publié le mardi 13 février 2007 en page 6 sous le titre : « Le président de l’Apc de Birkhadem suspendu de ses fonctions ». Il n’est un secret pour personne, notre formation politique vit depuis l’été dernier une crise interne sans précédent qui oppose le secrétariat national à l’ensemble des militants de base. Il a annoncé que Berbiche Mohamed, P/APC, « a été déchu de sa filiation politique » lors d’un « conseil fédéral le 26 janvier 2007 ». Pour votre information, il n’y a eu point de conseil fédéral réglementaire. Par contre, une réunion d’un comité ad hoc désigné à laquelle votre journaliste avait pris part s’est effectivement prononcé pour la levée de la couverture politique de l’élu en toute illégalité. »

Sans rien n’ajouter de significatif sur ce qui été déjà écrit, cette « mise au point » comporte deux graves contrevérités : On m’accuse d’utiliser un pseudonyme (ce qui est faux) et d’avoir assisté à une « réunion d’un comité ad hoc » (ce qui est faux). Mon seul tord serait d’avoir les mêmes nom et prénom qu’un fédéral révoqué. Dans un raisonnement qui est propre à la formation de Hocine Ait Ahmed, la fédération a conclue, sans vérification aucune, à une sorte d’attaque ou de je ne sais quoi de la part de son ancien membre. Venant de ce parti et vu les circonstances, la méprise est compréhensible. Le problème se pose quand le journal a servi de relais en reproduisant ces deux accusations. S’agit-il d’un coup monté ? Le texte en question a été publié sur ordre de M. Cherfaoui. Je ne connais rien au travail de la rédaction en chef, mais une certaine logique ne peut échapper aux derniers des novices. C’est que, la moindre des choses, une fois un démenti reçu, est de demander des explications au rédacteur de l’article mis en cause ou à défaut à son responsable hiérarchique. Or que, j’ai lu le « démenti » au même titre que mon chef de rubrique et les lecteurs du journal. Une première « erreur ». La deuxième ? Une fois publiée, la « mise au point » n’a pas été accompagnée d’une réponse du journal pour relever ses contrevérités et mettre ses initiateurs devant leur responsabilité. La troisième ? Le « démenti » n’a pas été suivi, le lendemain, d’un rectificatif pour tenter de camoufler ce qui pouvait l’être encore. Que dit à ce propos mon chef de rubrique ? « J’ai tenté d’avoir des explications ». Que dit la secrétaire de rédaction ? « Ce n’est pas grave ! » Et que dit M. Cherfaoui ? « Il faut voir avec la technique !»

Cette entreprise m’a coûté le tarissement de quelques sources d’information, l’obligation de m’expliquer devant d’autres et des regards soupçonneux des confrères. Une belle moisson!


« Vous avez refusé de respecter l’hymne national… »

Dans l’après-midi du samedi 26 mai, le directeur de la publication m’a soumis un « questionnaire » avec le motif suivant : « Vous avez refusé de respecter l’hymne national lors de la couverture du lundi 21 mai 2007 sur « La drogue en milieu scolaire ». Le directeur m’a fixé trois lignes pour lui « répondre ». Au pied de page, ce NB : « Trois avertissements entrainent un blâme. Trois blâmes entrainent un licenciement. »
Ce document m’a laissé perplexe. Sans vraiment consulter un dictionnaire, comme chacun le sait, un questionnaire est fait pour poser des questions. Or que, le document qui m’a été soumis comporte une phrase au mode affirmatif, dont le verbe est conjugué au présent de l’indicatif. Mais pas de question ! M. Belhouchet, trente ans au moins d’ancienneté dans la profession, sacré « héros de la liberté de la presse de l’Afrique du Nord », fait ainsi sienne une interprétation tendancieuse des faits non examinés à la source : « Vous avez refusez de respecter l’hymne national (…) ». Sa première réaction était donc d’abandonner son reflexe de journaliste qui consiste surtout à vérifier toute information avant sa publication. C’est écrit dans les livres et c’est ce qu’on m’a apprit au journal. Il aurait du simplement écrire : « Vous vous n’être pas levé au moment de l’intonation de l’hymne national (...) », ce qui est la réalité. Pourquoi donc le directeur m’a-t-il accusé en faisant abstraction des faits ? S’était-il laissé convaincre par son chef de la rédaction ? La confrontation, il est vrai, s’est faite avec des moyens disproportionnés : M. Cherfaoui a disposé de la réunion de la rédaction pour me tomber dessous, à mon insu, et on m’a sommé de m’expliquer par écrit en trois lignes. Selon une rumeur qui a circulé au sein du journal, le directeur de la publication aurait été destinataire d’une requête de la part de la gendarmerie, et il aurait répondu en promettant de prendre des mesures disciplinaires contre son journaliste « antimilitariste ».

Je n’ai jamais parlé à M. Belhouchet ; jamais discuté avec lui. On s’est serré la main trois à quatre fois tout au plus. La première fois, c’était le 14 février 2006. Il a même ajouté : « Bonjour mon fils. » C’était un événement que de serrer la main à son directeur, même une année après mon entrée au journal ! Cette distanciation ne peut pas cependant justifier le traitement qui m’a été réservé. Pour simplifier les choses, il aurait pu me convoquer à son bureau pour entendre ma version des faits. Mais pourquoi faire les choses simple quand on peut les faire compliqué ?

Par considération, j’ai jugé qu’il serait indécent de lui renvoyer le « questionnaire ». Je me suis mis par conséquent à répondre à une interrogation imaginaire. J’ai deviné que le premier responsable du quotidien se posait une question de curiosité : « Pourquoi avez-vous refusé de respecter l’hymne national? » Question absurde. Ma réponse était : « Il n’a jamais été question du non respect de l’hymne national.» J’ai évoqué, dans ma réponse, un léger malaise et des insomnies, ce qui est imprécis. A vrai dire, c’était un début de diarrhée et de la fatigue due à des insomnies prolongées. Ce qui n’est pas, à mon avis, négligeable. Le directeur a trouvé ma réponse « non convaincante ».

Je l’ai déjà dis, le 5 juillet dernier, à M. Belhouchet dans un écrit auquel il n’a pas répondu : Je réside dans un hammam, un bain maure, une sorte d’hôtel zéro étoile à la Basse-casbah, au cœur de la ville. Les conditions de vie sont très éprouvantes : 150 locataires : staïfis, annabis, kabyles, djidjlis ; retraités, anciens émigrés, vieux abandonnés, jeunes trabendistes, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires. Toilette collective, toilette bouchée, toilette qui pue, toilette qui déborde. Pas d’eau potable (il faut l’acheter), eau non potable (destinée à faire le ménage) servie à des heures fixes. Bagarres dans les chambres, rixes dans les couloirs, insultes et gros mots entre les étages, couteaux tirés coups de tête dans la courette. Fermeture à 22H. Electricité coupée parfois à 23H. La nuit : cris, rires, musique, prêches. La nuit : cauchemars, diarrhées, vomissements, ivresse, va-et-vient. La nuit : chaleur étouffante, pas de sommeil avant les premières lueurs de la journée. J’occupe la chambre que traverse la cheminée. J’occupe le lit qui colle à la cheminée. Mois de mai particulièrement chaud. Climat torride dans les chambres. Loyer : 2200 da/mois (22 euro)…

Mais, diable, comment expliquer un hammam à des personnes qui ne savent plus ce que signifie réellement monter dans un bus ?

C’est ainsi que je n’ai pas réussi à convaincre le directeur. J’ai remis le « questionnaire » et la suspension est prononcée moins de dix minutes après. Il n’était pas question donc de m’infliger un « blâme ». Tout simplement un renvoi. Motivant sa décision, M. Belhouchet a évoqué « la conformité au règlement intérieur » sans aucune autre précision ou un renvoi à un article donné. Là, la direction a utilisé contre moi une arme que je ne connaissais pas. Lors du renouvellement de mon contrat, en décembre 2006, j’ai demandé une copie du règlement intérieur puisqu’on m’a demandé d’en respecter les clauses. La réponse du chargé de l’administration était nette : « Je ne suis pas mandaté pour le faire ». Pourquoi cache-t-on ce document ?


Rubrique Alger info

La rubrique locale était pour moi cauchemar. Pendant près d’une année et demie, j’étais quotidiennement harcelé par un collègue. Il me reprochait ouvertement le fait d’être « le chouchou de Fayçal Métaoui » et « le préféré du chef de la rubrique », ce qui le plongeait dans une jalousie pathologique. Les deux accusations étaient fondées, mais ne justifiaient pas ses réactions maladroites, voire dangereuses sous prétexte, pour vous donnez une image, qu’une étoile a besoin d’être seule au ciel pour briller et qu’au milieu d’autres elle se noie. Ce harcèlement a été encouragé par M. Guissem de part sa passivité. Je l’ai interpelé à plusieurs reprises et tout ce qu’il a trouvé à me dire, à la fin, c’était : « Je ne peux pas lui en parler. Il est très sensible aux critiques. » Autrement dit : « supporte-le ! » Pour mon malheur, je me suis résigné au fait accompli qui m’a coûté une partie de moi-même. Je n’ai pu reprendre mes forces que grâce à un suivi médical (dermatologue) et psychologique, toujours en cours. Avant ma suspension, nous étions les deux seuls permanents à assurer tant bien que mal une parution quotidienne de la page. Depuis le 26 mai, le service fonctionne avec un élément permanent qui a réussi une publication quasi quotidienne d’Alger info durant l’été puis quotidienne depuis le 1er septembre (la fin des vacances de M. Guissem). Drôle, non ?

Pour ajouter à mon malheur, je me suis définitivement fâché avec mes responsables à cause d’un article paru le 13 septembre 2006 relatif au bilan des deux années du mandat du wali d’Alger, M. Adou, officiellement installé le 11 septembre 2004. Malgré la censure et l’amplification-des mots et expressions comme « malheureusement » et « en dépit des efforts du wali » ont été ajouté au texte-, l’article a provoqué la colère du wali qui a appelé, selon un confrère d’El Khabar, à une réunion avec ses directeurs, ce qui n’était pas l’objectif du journal. C’était avec dépit que mon responsable m’a dit quelques jours après : « Ne compte pas sur moi. Tu dois compter sur ton travail pour pouvoir trouver un travail ailleurs. » J’ai pris note en complétant sa première phrase : « Ne compte pas sur moi pour rester à El Watan. » Une année après, Alger info a choisi de ne pas fêter le troisième anniversaire de M. Adou. Pourtant un il y a un cadeau à lui offrir : Alger a été classée « dernière ville dans le monde » (132e) selon une étude élaborée et publiée par l’hebdo britannique « the Economist ». En 2005, elle a été classée 125e sur 129 villes concernées. L’information a été répercutée notamment par le journal Liberté le 27 août. El Watan n’a rien écrit ce jour là. Un ratage ? Sans doute pas. La veille, Ali Bahmane intitulait son commentaire : « Notre pays est beau mais sale ». Il a notamment écrit : « L’heure est venue pour de réhabilité le balai et la serpillière dans les lieux publics (…) ». Trois ans auparavant, soit le 12 septembre 2004, M. Bahmane a intitulé son commentaire : « Monsieur le wali, un balai et une serpillière ». Il a écrit : « Tout nouveau wali dans cette mégapole de 3 millions d’habitants qui nous sert de capitale, vous êtes en état de grâce, mais bientôt tomberont les premiers jugements des Algérois à votre égard. Aussi, M. Addou Mohamed-Kebir, pour votre image - et votre action future - rendez-vous utile tout de suite en frappant un grand coup, car il y a péril en la demeure : la saleté nous envahit et empoisonne chacune de nos minutes.» En l’espace de trois longues années, on a simplement constaté que « l’heure est venue pour réhabiliter le balai et la serpillière ». Et c’est peut être en désespoir de cause que le même Bahmane s’est décidé à changer de destinataire. « Un balai et une serpillière, M. Rahmani (ministre chargé de l’environnement et de l’aménagement du territoire) », est l’intitulé de son dernier commentaire rédigé dans ce sens (El Watan du 17 septembre 2007).
Comme un malheur ne vient pas tout seul, je suis affecté, à la rubrique locale, aux couvertures des activités des services de sécurité (conférences de la police, sorties nocturnes des gendarmes). Cette tâche s’est ouverte à d’autres journalistes depuis qu’un confrère (déjà cité) m’a accusé de monopoliser les conférences de la police. Le travail se faisant ainsi par alternance jusqu’au jour où le chef de la rubrique nous a parlé d’un de ces anciens collègue qui s’est vu coller l’étiquette de « flic » pour avoir beaucoup écrit sur les activités des corps de sécurité. A partir de là, je me suis retrouvé pratiquement seul à m’occuper de cette besogne. Des journalistes, craignant pour leur réputation future, se sont retirés. Les activités des services de sécurité foisonnaient, mais le tout tournait autour de la lutte contre la drogue, l'immigration clandestine et la délinquance. Elles n’étaient jamais prises au sérieux par le chef de la rubrique qui en voyait des campagnes de publicité ou de charme. Les comptes rendus s’écrivaient alors dans cet esprit. Il faut relever une différence de taille : les articles traitant des activités des tuniques vertes étaient toujours longs (3500 signes) et ceux abordant les actions des tuniques bleues étaient généralement courts (1200 signes au maximum) sauf dans deux exceptions : quand je feignais trouver un angle original ou en l’absence de matière pour alimenter la page. Quelques fois, des informations communiquées par la police sont reprises en 200 signes à El Watan au moment où plusieurs autres journaux faisaient leur Une en même temps. Je laisse à M. Guissem le soin de préciser le pourquoi de cette manière de faire. Mais on ne doit aucunement m’en rendre responsable ou me suspecter de vouloir fermer le quotidien de M. Belhouchet aux activités de la police. La ligne est toute indiquée : je couvre une manifestation, je briefe mon chef et c’est à lui de décider de l’espace à réserver à un compte rendu donné. En une année et demie d’exercice, je n’ai jamais reçu, officiellement ou officieusement, une mise au point, un démenti au même des précisions. Sauf que, à la fin, au lieu de l’étiquette de « flic », je me suis vu coller celle de délinquant. D’où l’intérêt des services de sécurité.

Rédaction achevée à Alger, le 26 septembre 2007

Cette lettre est adressée, pour information :

La presse nationale (y compris El Watan)/ le syndicat national des journalistes (SNJ)/ La fédération internationale des journalistes (FIJ)/Reporters sans frontières (RSF)/HRW/ Le Front des forces socialistes (FFS)/Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD)/Le Rassemblement national démocratique (RND)/ Le mouvement démocrate et social (MDS)/ Le parti des travailleurs (PT)/ Hamas/

première réponse du rédacteur en chef d'El Watan

Posté le 14.10.2007 par Chafa Djamel
Zine Cherfaoui, rédacteur en chef du quotidien El
Watan répond aux accusations de M. Djamal Chafa,
ancien journaliste à El Watan

Alger, le 01 octobre 2007


Salut Djamel,

Sincèrement, je suis vraiment désolé pour ce qui
t'arrive. Je viens d’apprendre ton licenciement. Je
rentre de rentre de vacance. J’ai pris un congé de 40
jours. J’espère que tu parviendras à rebondir et que
tu trouveras bientôt un nouveau travail. En dépit du
tissu de mensonge que tu as écris sur moi, je pense
réellement que tu as beaucoup de qualités à faire
valoir. Seulement, j’espère qu’à l’avenir que tu
écouteras moins les rumeurs et que tu seras un peu
plus reconnaissant à l’égard de ceux qui ont vraiment
tenté de faire quelque chose pour toi. La recherche de
la vérité est essentielle pour quelqu’un qui
ambitionne de devenir un grand journaliste. Et puisque
l’occasion se présente, permets moi de t’apporter ces
quelques petites précisions monsieur Djamel Chafa :

Primo : Je ne fais partie du conseil d’administration
(d’ailleurs aucun journaliste n’en fait partie) qui a
décidé de te licencier. Je ne suis qu’un rédacteur en
chef. Je ne suis habilité ni à recruter, ni à
licencier. Le journal est souverain.

Secundo : Si j’ai parlé de toi en réunion de rédaction
c’est parce que les journalistes m’ont demandé d’en
savoir un peu plus sur ton problème. Ils avaient le
droit de s’inquiéter du sort d’un confrère.

Tertio : A supposé – je dis bien à supposé - que j’ai
été ton principal pourfendeur, rien ne t’empêchait de
demander audience à Omar (Belhouchet) et de te
défendre. Tu sais très bien qu’il est plus proche des
journalistes que des responsables et que sa porte est
tout le temps ouverte aux employés du journal. Et puis
tenter de faire croire que j’ai pu influencer M.
Belhouchet prouve que tu méconnais vraiment la
personne et son parcours. El Watan a ses défauts
certes, mais reconnais au moins que c’est le
quotidien où on y est le mieux. Et cela sur tous les
plans.

Quatro, enfin : Permets moi de t’informer M. Chafa que
conseil d’administration d’El Watan avait, au départ,
décidé de te réintégrer. Néanmoins, il est revenu sur
sa décision après avoir pris connaissance de ta
saisine de l’inspection du travail. Cela peut se
prouver très facilement.


Pour le reste, je n’ai rien d’autre à ajouter à part
le fait que je commence maintenant à m’habiter aux
attaques dont je suis régulièrement la cible. Je
réalise finalement que ce n’est pas évident d’être
rédacteur en chef d’un journal comme El Watan. Un des
rares canards à jouir véritablement encore d’une
liberté de ton dans la presse algérienne. Et les «
Unes » que nous faisons tous les jours sont pour moi
la preuve de notre engagement pour la défense des
libertés et des droits de l’Homme. Ça doit déranger
forcément. Mais je finirai bien par m’y faire un jour.
Le combat pour la liberté est plus fort que tout. Le
seul truc qui me chagrine c’est le fait que l’on
s’attaque toujours aux gens sympas. Ce n’est pas
juste. Et dire que la vermine et les pseudo
journalistes sont légions dans la presse algériennes.
Sincèrement je ne pensais pas que tu te comporterais
comme ça envers moi. Tu n’avais pourtant pas le profil
d’un «haggar». Je me suis vraiment trompé à ce point
sur ton compte?


Bon courage


Fraternellement, Zine Cherfaoui

Rédacteur en chef du quotidien El Watan


PS : des copies de la réponse sont également adressées
à la FIJ, au SNJ, à la FIDH, à Amnesty international,
au FFS et au RCD.

ma réponse au rédacteur en chef

Posté le 14.10.2007 par Chafa Djamel
Djamel Chafa, ancien journaliste à El Watan répond aux contrevérités de Zine Cherfaoui, faisant office de rédacteur en chef du quotidien El Watan

Salut Zine,

Sincèrement, j’aurais aimé que tu te taises. C’est ton droit que de te défendre, de jouer le rôle de pare-choc, mais fait le au moins avec dignité. Il ne suffit pas de m’accuser d’avoir confectionné « un tissu de mensonge », se montrer paternaliste, jouer la victime et pleurnicher pour se tirer d’affaire une fois pour toute. S’il y a quelque chose que je dois au journal, c’est bien de m’avoir appris à être précis dans mon écriture et ne rapporter que des faits dans mes articles. Dans ma lettre ouverte, rendue publique le 30 septembre, j’ai relevé des faits très précis qui ne demandent que des éléments d’information afin d’éclairer le lecteur au lieu de le noyer, comme tu viens de le tenter, par ta réponse maladroite.

J’apprécie beaucoup, malgré tout, le fait que tu sois « vraiment désolé » pour ce qui m’arrive. Ça va droit au cœur même si la phrase a été lâchée quatre mois et une semaine après ma suspension abusive. J’ai eu à vérifier à mes dépends que l’expression de ce genre de sentiments est devenue très rare dans la profession à l’heure de « l’indignation sélective et des solidarités ciblées ». Pour ton information, tu es la deuxième personne, à El Watan, à me témoigner de la compassion. Les autres, tous les autres, à commencer par Fayçal Métaoui dont j’étais accusé d’être
le « chouchou » et Ali Guissem dont j’étais accusé d’être le « préféré », ont préféré faire le mort. Ailleurs, on m’a témoigné de la totale indifférence. J’avoue que cela est éprouvant.

Revenons maintenant à tes « petites précisions ».

Primo : Je ne fais pas partie du conseil d’administration (d’ailleurs aucun journaliste n’en fait partie) qui a décidé de te licencier. Je ne suis qu’un rédacteur en chef. Je ne suis habilité ni à recruter, ni à licencier. Le journal est souverain.

Je n’ai jamais écrit que tu fais partie du conseil d’administration. Pourquoi en parler ?

Secundo : Si j’ai parlé de toi en réunion de rédaction c’est parce que les journalistes m’ont demandé d’en savoir un peu plus sur ton problème. Ils avaient le droit de s’inquiéter du sort d’un confrère.

Mais de quel problème, de quel sort, de quels confrères parles-tu ? La réunion de la rédaction dont j’étais l’objet des charges a précédé mon renvoi. C’est donc la goûte qui a fait déborder le vase. Dans ma lettre, je n’ai pas cherché à savoir pourquoi tu t’es intéressé à moi. J’ai simplement écrit que tu m’as tombé dessous après un coup de téléphone de la police. C’était à ça qu’il a fallu répondre. Pourquoi n’as-tu pas reproduit, dans ta réponse, les propos que tu avais tenus durant cette réunion ? Et quel est cet effort de précision, de pédagogie et de souci de tranquilliser des personnes inquiètes à mon sujet qui débouche sur un… « questionnaire » ? Mais pourquoi, diable, vous avez parlé de moi, en ma présence, à mon insu ? Cela étant, permets-moi de douter de l’information selon laquelle des confrères « ont demandé d’en savoir un peu plus » sur mon problème. Au moment des faits, ils me voyaient assis sur un volcan, sans le savoir, et tout ce qu’ils trouvaient à faire, c’était de me sourire. Un sourire sarcastique ne peut pas être un signe d'inquiétude, n'est-ce pas?

Tertio : A supposé – je dis bien à supposé - que j’ai été ton principal pourfendeur, rien ne t’empêchait de demander audience à Omar (Belhouchet) et de te défendre. Tu sais très bien qu’il est plus proche des journalistes que des responsables et que sa porte est tout le temps ouverte aux employés du journal. Et puis tenter de faire croire que j’ai pu influencer M. Belhouchet prouve que tu méconnais vraiment la personne et son parcours. El Watan a ses défauts certes, mais reconnais au moins que c’est le quotidien où on y est le mieux. Et cela sur tous les plans.

Ce n’est pas à moi, journaliste débutant réduit à la mendicité, de dire au directeur ce qu’il faut faire dans ce cas précis. Si M. Belhouchet a préféré dès le début m’envoyer un questionnaire sans question au lieu de me convoquer à son bureau, c’est qu’il bien ses raisons que j’ignore. S'il a choisi de ne pas répondre à ma demande d'éclaircissements que je lui ai adressée, s'il n'a pas jugé utile de prendre une décision définitive dans les délais réglementaire à propos de mon devenir au sein du journal, c'est qu'il a encore ses raisons. J'ignore quelle idée se fait M. Belhouchet de la dignité des gens. Mais je t'assure que j'ai quotidiennement envi de lui lancer des mots très méchants, mais alors très méchants, à chaque fois que, à 6h20, quand le resto du cœur que je fréquente ferme ses portes affichant complet, de pauvres personnes se voient renvoyée chercher souper ailleurs, et, en voyant s'en allé, je ne peux m'empêcher de penser que je viens de priver un misérable compatriote de son seule chance d'avoir un repas en ce mois sacré. C'est drôle mais c'est comme ça que les choses se passent.

Quatro, enfin :Permets moi de t’informer M. Chafa que Le conseil l’administration d’El Watan avait, au départ, décidé de te réintégrer. Néanmoins, il est revenu sur sa décision après avoir pris connaissance de ta saisine de l’inspection du travail. Cela peut se prouver très facilement.


C’est uniquement aujourd'hui que j’ai appris mon licenciement. Le chargé de l’administration m’a contacté (une première !) et m’en a fait part. Il m’a demandé aussi de payer la totalité de la somme que le journal me doit, c’est-à-dire exactement 113 000 da (1100 euro environs), au titre de l’acquisition d’un micro portable, ou de restituer ce dernier. Il m’a même averti d’en faire appel à la justice si je ne m’exécute pas. Donc, Zine, tu n’as rien à prouver. Tu dois reconnaître cependant que ma lettre à quand même eu son effet : j’ai enfin réussi à faire décider M. Belhouchet ! Il a fallu que je fasse usage d'un moyen extrême pour que la direction se rappelle de mon existence! J’ignore si le conseil d’administration avait réellement ou non décidé de me réintégrer dès le début, mais dire qu’« il est revenu sur sa décision après avoir pris connaissance de la saisine de l’inspection du travail » est une grosse manipulation, une erreur. Cela revient à dire que les responsables de l’entreprise m’ont condamné pour avoir respecté les procédures, la loi. Attention donc à ce que tu dis, Zine! Je te rappelle que j’étais suspendu le 26 mai dernier. Le règlement intérieur, à en croire l’administration, prévoit deux mois d’arrêt durant lesquels le conseil d’administration devait statuer définitivement sur mon cas. Ce dernier n’a cependant rien décidé d’officiel dans ces délais, du moins aucune notification ne m’a été faite. La seule déclaration que j’ai pu arracher au directeur, par le biais de l’administration, se résuma à un adverbe de temps : « Après. » J’ai saisi M. Belhouchet par écrit, le 5 juillet, lui demandant de se décider (réintégration ou licenciement), en vain. Sauf si le chargé de l’administration et le chef de la rubrique Alger info ont menti, rien n’a été arrêté au 26 juillet. C’était sur « conseil » de l’administration que j’ai déposé ma requête, le 4 août, à l’Inspection du travail, avec comme objet : suspension abusive. Cet organisme m’a délivré un PV de non conciliation le 17 septembre. Le journal ne s’est pas fait représenté à deux réunions (les 3 et 17 septembre) alors que « d’habitude c’est le directeur en personne qui se déplace », selon le témoignage des agents de l’inspection. Justifiant son absence à ces rencontres, l’administration se dit "pas au courante", "non convoquée". Alors M. Cherfaoui, comment M. Belhouchet a su que j’ai saisi l’inspection du travail ?

Entre nous Zine, pourquoi tu as adressé ta réponse à des personnes et à des organismes qui n’ont pas été destinataires de ma lettre ouverte (le syndicat national des journalistes, FIDH, Amnesty international) ? Pourquoi ne pas réserver la primauté à la presse nationale, comme je l'ai fait?

Fraternellement

Djamel Chafa, ancien journaliste à El Watan

Alger, le 2 octobre 2007

PS : des copies de la réponse sont également adressées à la FIJ, au SNJ, à la FIDH, à Amnesty international, au FFS et au RCD.




M. Cherfaoui à M. Chafa

Posté le 14.10.2007 par Chafa Djamel
Cher M. Djamel chafa,

Décidément tu te prends vraiment pour le centre de
l'univers. Quel toupet ! Mais vraiment matehchemch (tu
es un menteur et tu n'as pas honte). Wach, waqila
djitek sahel (je suis le plus facile à attaquer). Un
peu d'humilité y'a si Djamel chaffa. Tu n'as pas
encore bouclé une année de presse et voilà que tu mets
déjà à donner des leçons à tout le monde. Quelle
époque ! Je rappelle à nos amis lecteurs que tu as
bossé pendant toute cette période dans la régionale
d'El Watan (Alger info) et que tu n'as jamais pris
position en faveur des droits de l'homme. As-tu déjà
signé une pétition en faveur d'un journaliste arrêté?
Et aujourd'hui MONSIEUR veut faire croire à tout le
monde qu’il serait une sorte de Benchicou que nous
aurions, ici à El Watan, opprimé parce qu'il se serait
attaqué au pouvoir ou à la sécurité militaire. Quelle
imposture ! Tu penses vraiment que tes petits 1000
signes quotidiens sur les égouts d'Alger ont dérangé
le pouvoir au point de faire pression sur nous pour
que le journal te mette dehors. Barka. S'il te plait
arrête de divaguer et mets toi plutôt à la recherche
d'un boulot Oukounek emrabi (soit éduqué). C'est ce
qui a de mieux à faire pour toi. Ça serait bien aussi
que les gens qui t'ont pris en charge pour te faire
écrire ce genre d'insanités t’aident à t’en sortir.
Encore un conseil : même si tu es au chômage essaye
quand de ne pas vendre ton âme au diable. Conduit toi
en homme et apprends plutôt à assumer tes conneries.
Heureusement que la corporation me connaît. Une
corporation que je prends, à l'occasion, à témoin.

Comme tu es un grand journaliste, tu n’es pas sans
savoir que les écris et les mensonges restent ! Alors
pense à te préserver…la vie est encore longue mon
petit.

Je te souhaite bonne chance Djamel.

Zine Cherfaoui


PS : Lettre adressée également aux journaux, au SNJ, à
la FIJ, à Amnesty international, à la FIDH, à Freedom
House, au FFS et au RCD.

Grandeur et misère du journalisme en Algérie

Posté le 05.12.2007 par chdjamel
Le gouvernement initie un dialogue avec les médias

El Watan, 2 juillet 2006

Un journaliste en Algérie peut allégrement critiquer, parfois très sévèrement, le président de la République ou se payer la tête d’un ministre alors qu’il n’est même pas déclaré dans son propre journal.

Il y a également de jeunes journalistes, souvent par naïveté, qui osent écorcher le DRS, alors même qu’ils perçoivent un salaire sans commune mesure avec leur « courage » et le poids des missions qui leur sont confiées. On peut évidemment multiplier à l’envi ces tares qui collent à ce jour à la presse nationale. Cette fausse grandeur professionnelle cache mal l’insondable précarité sociale dans laquelle évolue le journaliste algérien, propulsé malgré lui au-devant de la scène. Il est, en l’occurrence, au cœur du débat sur la profession. Est-il, en effet, concevable de poser des questions aux allures philosophiques sur la liberté d’expression quand le journaliste censé en jouir boucle difficilement ces fins de mois ? Faut-il jeter à chaque fois la pierre à ces « brebis galeuses » qui tentent de démystifier les impostures et les gabegies des responsables à quelque niveau qu’il soit ? Qu’ont donc fait les autorités pour prémunir le journaliste contre toute forme de manipulation ? Rien ou presque. Dans un pays où les gens des médias n’ont même pas de statut pour sauvegarder leurs intérêts moraux et matriciels, il n’est sans doute pas de bon ton de les accabler sur les dommages collatéraux que pourraient provoquer leurs écrits, parfois difficilement assumés. Tout se passe comme si le pouvoir redécouvre de l’intérêt pour la corporation uniquement quand il a besoin de ses services en fonction de ces projections immédiates. Le journaliste algérien est mal payé, plutôt sous-payé, mal logé ou pas du tout logé. Et plus grave encore pour certains, même pas couverts par la sécurité sociale comme tout travailleur ! Ce constat malheureux, du reste connu de tous, n’a curieusement jamais ému nos honorables ministres de la Communication qui se sont succédé et qui ont tous péché par une inaction qui en dit long sur la virginité de leur ordre de mission qui a toujours consisté en la reconduction… du statu quo. Depuis plus de six années qu’on parle d’amender le code de l’information, de promulguer une loi sur la publicité, une autre sur l’audiovisuel, mais point de concret. Le pouvoir de Bouteflika a été capable de pondre une loi sur l’amnistie des terroristes avec toute la sensibilité du sujet, mais rechigne inexplicablement à encadrer juridiquement une profession dont on a strictement rien à inventer sinon que d’adopter les standards internationaux en la matière. Devant ce constat de carence, certainement voulu, le secteur de la presse est devenu un grand bazar où l’intelligence a cédé la place au commerce. Où la liberté de flatter a pris le dessus sur la liberté de blâmer à contresens de la géniale formule de Beaumarchais. Tel un boomerang, ce tableau de bord peu reluisant, façonné aussi par le pouvoir, lui est revenu au visage. A trop vouloir fabriquer une presse docile et obéissante pour contrer celle qui tente de lui apporter la contradiction, le pouvoir a fini par projeter son image dans la médiocrité. Quand on autorise la création de petits journaux à tour de bras et qu’on les arrose généreusement de la publicité institutionnelle pour tenter d’étouffer maladroitement les voix discordantes des autres, ce n’est sûrement pas un service qu’on rend à la démocratie. C’est dire en définitive que le pouvoir politique en Algérie est coupable d’avoir abandonné le journaliste à son triste sort mais surtout d’avoir imposé un champ médiatique absolument sans relief.

Hassan Moali, El Watan, 2 juillet 2006


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La liberté de la presse en lambeaux

Le brainstorming tenu jeudi sous la houlette d’El Hachemi Djiar, nouveau ministre de la Communication, relance de plus belle le débat sur la liberté de la presse et d’expression. Le secteur de la presse a certes enregistré une avancée plus ou moins considérable sur le plan économique. Mais en matière de liberté de « ton » et d’action, il y a plutôt un recul patent par rapport aux années 1990.

Les amendements introduits en 2001 sur le code pénal, pénalisant ainsi les délits de presse, ont porté un coup dur au libre exercice de cette noble profession. En vertu de ce texte de loi, vivement critiqué par la corporation journalistique et les ONG internationales de défense de la liberté de la presse et des droits de l’homme, un journaliste peut faire jusqu’à une année de prison pour diffamation. Il suffit qu’une personne concernée par des faits révélés dans un journal dépose plainte, pour que l’auteur de l’article et son directeur soient incriminés. Le plaignant n’a généralement pas toujours besoin de faire valoir des preuves matérielles devant le tribunal pour obtenir gain de cause. Les termes de la diffamation, entourés d’un flou juridique, sont souvent laissés à la libre interprétation de la partie civile. Ainsi, cette facilité déconcertante avec laquelle sont traitées les affaires liées aux délits de presse a fait que, depuis 2004, sept journalistes ont été emprisonnés pour leurs écrits. Une vingtaine d’autres sont actuellement condamnés à la prison ferme en première instance et risquent de se retrouver dans le cachot si le premier jugement vient à être confirmé en deuxième instance. Cela sans compter, bien entendu, les amendes qui leur ont été infligées. Devant cet arsenal juridique, les journalistes tombent dans l’autocensure, ce qui constitue une sérieuse entorse au droit à l’information. Par excès de zèle ou agissant sur ordre, des policiers, faisant fi de la loi, malmènent des journalistes dans des commissariats, les maintiennent, hors délai, en garde à vue en l’absence d’avocats et sans aucun ordre écrit de la justice. A cet abus de pouvoir s’ajoutent les innombrables entraves administratives dressées devant les journalistes. Si la loi fondamentale garantit, sans équivoque, le droit des citoyens à l’information (donc le devoir des médias de les informer), la réalité du terrain est tout autre. Le journaliste, dépourvu d’une carte nationale de presse délivrée et reconnue par l’Etat, peine à accéder aux sources d’information. Les institutions de l’Etat ne communiquent pas, sinon seulement lorsqu’elles le veulent pour parler de ce qu’elles veulent. Cela rend difficile, pour ne pas dire impossible, le travail d’investigation qui constitue le noyau dur de l’exercice journalistique. Face à ces embûches, les journalistes recourent excessivement aux sources anonymes et tombent parfois victimes de la rumeur insistante. Outre ces entraves institutionnelles et juridiques au libre exercice de la profession, il y a le manque de liberté d’initiative au sein des rédactions. Aujourd’hui, la liberté de la presse est sans doute en lambeaux. Il serait donc judicieux de penser à recoller les morceaux.

M. A. O., El Watan du 2 juillet 2006

Journaux en Algérie : 195 titres

Posté le 09.12.2007 par chdjamel
Selon des statistiques communiquées par le ministre algérien chargé de la Communication, M. Rachid Boukarzaza, le 3 octobre 2007, le champ médiatique national se compose de 193 titres dans la presse écrite. Sur les 193 journaux recensés, 52 sont des quotidiens, dont six appartiennent au domaine public. Outre les quotidiens, le champ médiatique algérien se compose de 98 hebdomadaires, 14 bimensuels et 29 mensuels. Les données du département de tutelle font ressortir que 87 titres sont édités en langue arabe alors sue 106 autres titres sont publiés en langue française. Il faut préciser que le secteur a vu la création d’un nouveau quotidien édité en arabe, Ennahar El Djadid. Il a été lancé par l’ancien rédacteur en chef du journal arabophone Echorouk et ancien journaliste au quotidien à gros tirage El Khabar. Le premier numéro est sorti le 1er novembre 2007, date anniversaire du déclanchement de la guerre d’Algérie (1954-1962). Cette nouvelle publication porte le nombre total des médias de l’écrit à 194 et le nombre des quotidiens à 53.

le 23 janvier 2008, un nouveau journal a été lancé: Maghreb Hebdo. Ce qui porte le nombre total des publications à 195.

La presse et le « mensonge »

Posté le 09.12.2007 par chdjamel

Il arrive très souvent, sinon la plus part du temps, que les lecteurs accusent très clairement les journaux (et les journalistes) de mentir sans toutefois le prouver. Pour beaucoup, tout ce que rapporte le journal est fatalement un mensonge, globalement et dans le détail. Il refuse même d’en débattre. C’est un mensonge et l’affaire est classée, pour vous résumer la situation. S’agit d’une crise de confiance ? L’on ne peut répondre à ce genre de question sans un travail d’enquête approfondi (sondages d’opinion) qui fait encore défaut. En attendant, il faudra bien signaler que ce (re)sentiment n’est pas propre au lectorat algérien. La presse, sous d’autres cieux a connu et connaît encore d’être victime d’une telle injustice. A vrai dire, la réaction des lecteurs n’a rien de nouveau. Elle remonte dans le temps, avant même que l’Algérien sache ce qu’est un journal. En témoigne cet extrait d’une conférence donnée par Max Weber, penseur allemand, en …1910 !

« (…) Certes, la démagogie moderne fait également usage du discours et même dans une proportion quantitativement effrayantes si l’on songe aux discours électoraux que le candidat moderne est obligé de faire, mais elle fait usage encore plus constant du mot imprimé. C’est pourquoi le publiciste politique et tout particulièrement le journaliste sont de nos jours les représentants les plus importants de l’espèce (…) Le journaliste partage le même sort que tous les démagogues ainsi que l’avocat (et l’artiste) : il échappe à toute classification sociale précise. Il appartient à une sorte de caste de parias que la « société » juge toujours socialement d’après le comportement de ses représentants les plus indignes du point de vue de la moralité. C’est pourquoi l’on colporte couramment les idées les plus saugrenues sur les journalistes et sur leur métier. Cependant la plus part des gens ignorent qu’une « œuvre » journalistique réellement bonne exige au moins autant d’« intelligence » que n’importe quelle autre œuvre d’intellectuel, et trop souvent l’on oublie qu’il s’agit d’une œuvre à produire sur-le-champ, sur commande à laquelle il faut donner une efficacité immédiate dans des conditions de création qui sont totalement différentes de celles des autres intellectuels. On soupçonne très rarement que la responsabilité du journaliste est beaucoup plus grande que celle du savant et que le sentiment de responsabilité de tout journaliste honorable n’est en rien inférieure à celui de n’importe quel autre intellectuel-on peut même dire qu’il est plus élevé si l’on se réfère aux constatation que l’on a pu faire durant la dernière guerre. Le discrédit dans lequel est tombé le journalisme s’explique par le fait que nous gardons en mémoire les exploits de certains journalistes dénués de tout sens de leur responsabilité et qui ont souvent exercé une influence déplorable. Mais personne ne veut admettre que la discrétion du véritable journaliste et en général supérieure à celle des autres personnes. Cela est indéniable. Les tentations incomparablement plus pénibles qui sont liées à l’exercice de ce métier ainsi que les autres conditions de l’activité journalistique moderne impliquent certaines conséquences qui ont habitué le public à considérer la presse avec un mélange de mépris et de lâcheté navrante (...) ».
Max Weber, Le savant et le politique, Editions Enag, 1991, Pp. 83, 84 et 85

La presse algérienne: les nouveaux boucs émissaires

Posté le 10.12.2007 par chdjamel

Abderrahmane Mahmoudi, La presse algérienne : les nouveaux boucs émissaires, Editions de poche, 2e semestre 2000, 255 pages.

Sur l’objet de ce livre, l’auteur écrit dans l’introduction : « Ce livre se voulait tout d’abord, une réponse à Monsieur El Hadi Chalabi et aurait aussi bien pu être intitulé « Quelques Gouttes de Vérité dans un Océan de Mauvaise fois » tant « La presse algérienne au-dessous de tout soupçon » apparaît, au bout de quelques-unes de ces pages, pour ce qu’il est ; c’est-à-dire une authentique tentative de mystification de l’opinion publique, aussi bien algérienne que française du reste, sur un sujet qui ne laisse personne indifférent : celui de la presse algérienne (…) ». P 7. Ce livre est aussi une réponse aux « attaques contre la presse privée algérienne (qui) ont pris et continuent de prendre les allures d’une véritable entreprise de démolition de ce qui reste le seul gage d’évolution démocratique dans notre pays. »

L’ouvrage a été édité à compte d’auteur. Comme on le constate, il se veut une réponse au livre d’El Hadi Chalabi, « La presse algérienne au-dessous de tout soupçon ». Abderrahmane Mahmoudi est le fondateur du quotidien Le jour d’Algérie qui tire actuellement à 18 000 exemplaires/jour. Il était directeur de Hebdo libéré qui a été suspendu, en 1994, après la « révélation » du scandale dit « des magistrats faussaires ». Mahmoudi est décédé courant 2007 de suite d’une maladie. Le Jour d’Algérie est depuis dirigé par sa veuve Naïma Mahmoudi.

Du même auteur :
-L’Accouchement (1985)
-La face cachée du mensonge (1990)
-Les finances de la mort (1996)
-Sous les cendres d’octobre (1998)

Le Quotidien d’Oran : la(re)naissance !

Posté le 15.12.2007 par chdjamel
Le Quotidien d’Oran terminera l’année 2007 en beauté : impression sur papier journal, introduction des couleurs à la Une et la der et changement de la maquette. L’introduction de la couleur a été remarquée dès le 15 novembre 2007. Quelques jours après, le journal devient lisible et l’on peut le lire sans risque de voir salir ses mains : le Quotidien est désormais imprimé sur papier journal. Enfin, un changement de maquette a été adopté. Tout a été donc préparé pour bien fêter le 13e anniversaire de la création du titre qui était un journal local avant de devenir une « édition nationale » tout en gardant le même nom. Avec un tirage arrêté à 169 000 exemplaires/jour, il est le premier journal francophone en termes de tirage (El Watan, la Tribune et Liberté ne précisent pas leur tirage comme l’exige le code de l’information en vigueur). Le 13e anniversaire a été marqué par un billet écrit par le président-directeur général, directeur de la publication, M. Abou Benabbou. Le billet a été publié en page 32 sous le titre : « Le quotidien d’Oran a treize ans », dont voici le contenu intégral :

« Le quotidien d’Oran boucle aujourd’hui ses treize ans (jeudi 13 décembre 2007, npn). L’événement et la halte, cependant, nous procurent un regret. Celui de n’avoir pas pu participer à un exercice de cohérence et aider à pousser l’ensemble de la presse écrite algérienne à moins d’opacités et à plus de clarté. Cette rigueur crainte était essentielle pour un avenir commun car la faille est profonde et les enjeux qui l’entourent sont importants.
La sublime disposition aurait eu le mérite d’indiquer, à nous et à l’ensemble des journaux algériens, notre degré de performance, nos lacunes et nos faiblesses pour mieux nous préparer à affronter des lendemains que l’on devine difficiles pour un secteur pas plus stratégique qu’un autre, comme l’école, la justice, la santé, mais dont les articulations vont avoir des conséquences trop efficientes sur l’ensemble de la société.
Elle aurait aussi permis la conjugaison au futur d’une presse plurielle qui se serait débarrassé des temps composés au gré des systèmes et à la logique du moment. Ce n’est pas tant la connaissance de ce que font nos confrères qui est en soi intéressant, mais c’est la vue limpide de la conjugaison de nos efforts avec les leurs qui est utile pour que nous progressions.
Dans une concurrence, il est vrai, la discrétion et l’inimitié commerciale ont des alibis que l’affrontement des savoir-faire peut justifier. Mais le chassé-croisé de la compétition, quel que soi son rythme ou quels qu’aient été ses forces et ses soubassements, politiques, économiques ou idéologiques, se devait d’être contenu dans un périmètre où trôneraient la transparence et l’aisance qui entraient les efforts nécessaires pour avancer et surtout d’avoir la possibilité de s’organiser. Celui de la presse écrite à un nom : office de la justification de la diffusion. Cet observatoire aurait eu le mérite de nous réconcilier tous avec le professionnalisme si indispensable pour un métier tout à la fois exaltant, éreintant et si délicat à assumer. Il aurait donné à un noble métier l’avantage de mieux se préparer à une bourrasque qui l’attend.
C’est que l’exercice de la clarté, dans un pays où tout est à refaire, semble relever de l’impossible. Quand on ne détient pas les balises élémentaires d’une profession aussi sensible que celle qui est la nôtre, tout devient permis mais aussi tout risque de sombrer dans l’interdit. A bien regarder, contrairement à l’idée reçue, la libre expression et la liberté d’expression ont comme base essentielle cette clarté-là.
C’est bien dommage pour une corporation pionnière qui s’est inscrite la première dans le sang et dans la douleur dans l’apprentissage désordonné du libre-écrire et du libre-parler. Mais étions-nous et sommes-nous prêts à savoir ce que écrire veut dire et la profession est-elle habilité à se définir seule quand la totalité d’un peuple se contorsionne avec une effroyable disharmonie pour se trouver une définition ? Le risque est grand à s’agripper à des croyances avec la prétention de bâtir des vérités et la bonne foi de la profession ne peut suffire à elle seule pour éviter les pièges des intérêts particuliers. Il en est ainsi, on le sait, pour chaque mouvement et chaque geste de la vie nationale.
Ce treizième anniversaire du Quotidien d’Oran nous conforte en tout cas malheureusement dans le flou, encore une fois dans la conviction que nous ne sommes ni les plus forts ni les plus beaux, car nous voulons nourrir le courage de reconnaître que notre seule force réside dans la connaissance de nos faiblesses. »

objet

Posté le 15.12.2007 par chdjamel

Cette rubrique traite, entre autres, des aléas de l’impression des journaux algériens dans les imprimeries de l’Etat : société de l’impression d’Alger (SIA), société d’impression de l’est (SIE) et société de l’impression de l’ouest (SIO). Faute de mieux, beaucoup de journaux y sont tirés quotidiennement. Des pannes dites techniques surviennent de temps en temps menant vers la baisse de tirage des journaux ou simplement leur absence dans les kiosques.

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