Le Quotidien d’Oran terminera l’année 2007 en beauté : impression sur papier journal, introduction des couleurs à la Une et la der et changement de la maquette. L’introduction de la couleur a été remarquée dès le 15 novembre 2007. Quelques jours après, le journal devient lisible et l’on peut le lire sans risque de voir salir ses mains : le Quotidien est désormais imprimé sur papier journal. Enfin, un changement de maquette a été adopté. Tout a été donc préparé pour bien fêter le 13e anniversaire de la création du titre qui était un journal local avant de devenir une « édition nationale » tout en gardant le même nom. Avec un tirage arrêté à 169 000 exemplaires/jour, il est le premier journal francophone en termes de tirage (El Watan, la Tribune et Liberté ne précisent pas leur tirage comme l’exige le code de l’information en vigueur). Le 13e anniversaire a été marqué par un billet écrit par le président-directeur général, directeur de la publication, M. Abou Benabbou. Le billet a été publié en page 32 sous le titre : « Le quotidien d’Oran a treize ans », dont voici le contenu intégral :
« Le quotidien d’Oran boucle aujourd’hui ses treize ans (jeudi 13 décembre 2007, npn). L’événement et la halte, cependant, nous procurent un regret. Celui de n’avoir pas pu participer à un exercice de cohérence et aider à pousser l’ensemble de la presse écrite algérienne à moins d’opacités et à plus de clarté. Cette rigueur crainte était essentielle pour un avenir commun car la faille est profonde et les enjeux qui l’entourent sont importants.
La sublime disposition aurait eu le mérite d’indiquer, à nous et à l’ensemble des journaux algériens, notre degré de performance, nos lacunes et nos faiblesses pour mieux nous préparer à affronter des lendemains que l’on devine difficiles pour un secteur pas plus stratégique qu’un autre, comme l’école, la justice, la santé, mais dont les articulations vont avoir des conséquences trop efficientes sur l’ensemble de la société.
Elle aurait aussi permis la conjugaison au futur d’une presse plurielle qui se serait débarrassé des temps composés au gré des systèmes et à la logique du moment. Ce n’est pas tant la connaissance de ce que font nos confrères qui est en soi intéressant, mais c’est la vue limpide de la conjugaison de nos efforts avec les leurs qui est utile pour que nous progressions.
Dans une concurrence, il est vrai, la discrétion et l’inimitié commerciale ont des alibis que l’affrontement des savoir-faire peut justifier. Mais le chassé-croisé de la compétition, quel que soi son rythme ou quels qu’aient été ses forces et ses soubassements, politiques, économiques ou idéologiques, se devait d’être contenu dans un périmètre où trôneraient la transparence et l’aisance qui entraient les efforts nécessaires pour avancer et surtout d’avoir la possibilité de s’organiser. Celui de la presse écrite à un nom : office de la justification de la diffusion. Cet observatoire aurait eu le mérite de nous réconcilier tous avec le professionnalisme si indispensable pour un métier tout à la fois exaltant, éreintant et si délicat à assumer. Il aurait donné à un noble métier l’avantage de mieux se préparer à une bourrasque qui l’attend.
C’est que l’exercice de la clarté, dans un pays où tout est à refaire, semble relever de l’impossible. Quand on ne détient pas les balises élémentaires d’une profession aussi sensible que celle qui est la nôtre, tout devient permis mais aussi tout risque de sombrer dans l’interdit. A bien regarder, contrairement à l’idée reçue, la libre expression et la liberté d’expression ont comme base essentielle cette clarté-là.
C’est bien dommage pour une corporation pionnière qui s’est inscrite la première dans le sang et dans la douleur dans l’apprentissage désordonné du libre-écrire et du libre-parler. Mais étions-nous et sommes-nous prêts à savoir ce que écrire veut dire et la profession est-elle habilité à se définir seule quand la totalité d’un peuple se contorsionne avec une effroyable disharmonie pour se trouver une définition ? Le risque est grand à s’agripper à des croyances avec la prétention de bâtir des vérités et la bonne foi de la profession ne peut suffire à elle seule pour éviter les pièges des intérêts particuliers. Il en est ainsi, on le sait, pour chaque mouvement et chaque geste de la vie nationale.
Ce treizième anniversaire du Quotidien d’Oran nous conforte en tout cas malheureusement dans le flou, encore une fois dans la conviction que nous ne sommes ni les plus forts ni les plus beaux, car nous voulons nourrir le courage de reconnaître que notre seule force réside dans la connaissance de nos faiblesses. »