
Nom du blog :
chdjamel
Description du blog :
Etre journaliste en Algérie à la lumière de ce qui se fait ailleurs.
Catégorie :
Blog Actualité
Date de création :
06.10.2007
Dernière mise à jour :
25.11.2009
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bon courage soumia sans la recherche de ton cousin...
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Par kamel de paris, le 22.11.2009
je tiend denoncer le manque d humanitee de association ni putes ni soumises du siege de paris qui conner mo...
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Par zeghoudi, le 21.11.2009
coool
...
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Par Anonyme, le 17.11.2009
je suis tres fier de mon cousin méme qu'on se connait pas.bravo...
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Par boucherrab, le 06.11.2009
bonsoir monsieur,
je me permet de vous ecrire afin de vous demandez de l'aide dans ma recherche.
en effet, m...
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Par soumia, le 31.10.2009
un enfant retrouvé mort sans ses deux reins et son cœur
http:// hogra.centerbl og.net/6582199 -un-enfant-ret ...
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Par hogra, le 31.10.2009
bonjour,
félicitatio ns pour ammar, mais comment a été choisi vu qu'il n'y a ps de syndicat ou concours pour...
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Par sf, le 31.10.2009
allez sur le blog http://djemila -yamina.skyroc k.com j adresse une lettre ouverte a notre chef d etat de acte...
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Par ZEGHOUDI FATIMA, le 31.10.2009
je vous ecris pas pour un commentaire mais c`est pour soliciter une aide de votre part .voila je suis une élév...
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Par hl, le 28.10.2009
il était un très gentil homme, toujours souriant et dynamique ...
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Par maari , le 24.10.2009
salut tous le monde franchement monsieur ibrahimi c est un grand professeur jetais son élève cette année et je...
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Par ryma, le 23.10.2009
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Par ryma, le 23.10.2009
pour ces détails, il vaut mieux se rapprocher de la direction de l'ecole elle-même. l'ecole se trouve à ben ak...
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Par Anonyme, le 20.10.2009
je veut la date et le lieu et le dossier pou passé le concour et les conditions d'accé...
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Par Youcef Zirem (1)
La presse algérienne pluraliste a onze ans. Aujourd'hui, pas moins de 37 quotidiens paraissent en arabe et en français. Présentée comme étant l'une des plus libres du monde arabe, souvent saluée, à raison, pour son courage face à un environnement hostile, la presse algérienne constitue également un alibi pour un système obsolète qui n'admet aucun changement véritable. Ici, un état des lieux de ce secteur dont on a beaucoup parlé mais qui demeure, à bien des égards, assez méconnu.
C'est le gouvernement de Mouloud Hamrouche qui, en 1990, supprime le monopole de l'Etat sur les médias. Pour aider au démarrage de la presse privée, il offre aux journalistes du secteur public trois ans de salaire. Outre des avantages bancaires et des exonérations d'impôts, les professionnels de la presse bénéficient de locaux publics opérationnels. C'est ainsi que naissent les quotidiens El Watan, le Soir d'Algérie ou El Khabar. Première publication privée, le Jeune Indépendant, un hebdomadaire fondé par Chafik Abdi, paraît en mars 1990. A la même période, les journaux partisans font aussi leur apparition. El Mounqid, un hebdomadaire en langue arabe appartenant au FIS, atteint des tirages de 500 000 exemplaires. Le RCD lance l'Avenir et Assalu, un journal en langue berbère. Le FFS reprend Libre Algérie, un journal fondé à Paris par Ali Mecili. Alger Républicain reparaît avec une ligne éditoriale proche du PAGS. Le MDA fait sortir El Badil tandis qu'El Châab, quotidien étatique de langue arabe et El Moudjahid continuent de rouler pour le FLN. En peu de temps, les journaux dits "indépendants" fidélisent un large lectorat grâce à leur critique des hommes politiques et à leur dénonciation de certaines affaires louches. Mais les véritables décideurs du système algérien ne sont guère inquiétés par l'ensemble de ces journaux. Lorsque Mouloud Hamrouche est limogé, les marges de manœuvre de la presse diminuent. Le nouveau chef de gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, commence par suspendre l'édition arabophone de Parcours maghrébins, un hebdomadaire du secteur public. Raison invoquée : la publication d'un texte d'Ali Benhadj, le numéro deux de l'ex-FIS, emprisonné. La situation de la presse se complique davantage avec l'arrêt du processus électoral des législatives en janvier 1992. La majorité des titres applaudissent l'option des décideurs et oublient subitement que des élections venaient d'être organisées. A grand bruit, la presse salue la naissance du CNSA (Comité national de sauvegarde de l'Algérie), une structure née pour défendre la démarche des décideurs. Le 22 janvier 1992, des journalistes d'El Khabar sont interpellés par les gendarmes à cause d'un encart publicitaire du FIS paru dans le journal. Le texte en question est signé par Abdelkader Hachani et appelle l'armée à respecter le choix du peuple. Les décrets de l'état d'urgence (9 février 1992) et celui relatif au terrorisme et à la subversion (octobre 1992) réduisent encore plus la liberté de la presse. Mais les responsables des journaux ne se plaignent pas. Au contraire, ils cautionnent l'arrêté ministériel du 7 juin 1994 (un texte resté confidentiel) qui définit le cadre de l'information "sécuritaire" et qui n'autorise à la publication que les bilans officiels des attentats. Cette réaction n'est guère une surprise puisque la majorité des directeurs de journaux font partie, eux même, du système. En effet, très peu de responsables de publications en Algérie n'ont pas transité par les journaux du parti unique. C'est d'ailleurs eux qui, dans bien des cas, se chargent d'exercer la censure dans les rédactions. En peu de temps de pluralisme médiatique, on commence à parler de "patrons de presse" et certains actionnaires de journaux gagnent un argent fou. Le terrorisme aidant, la vente des journaux ne décline pas.
Entre-temps, près de 70 journalistes ont été tués par les groupes armés. Des assassinats dont on n'a jamais retrouvé les auteurs. Au terme d'un coma d'une semaine, Tahar Djaout, directeur de rédaction de l'hebdomadaire Ruptures, succombe à ses blessures. Victime d'un attentat le 26 mai 1993, devant son domicile à Baïnem, petite bourgade côtière à l'ouest d'Alger, cet écrivain de renommée internationale est le premier journaliste assassiné. L'élimination de Tahar Djaout secoue les esprits. Le pouvoir s'empresse de trouver les auteurs du crime. Le 1er juin 1993, la télévision diffuse les images d'Abdellah Belabassi qu'on présente comme l'un des meurtriers du journaliste. Abdellah Belabassi soutient avoir conduit les assassins sur les lieux du crime. Selon lui, c'est Abdelhak Layada, chef d'un groupe armé, qui en est le commanditaire. Mais Abdelhak Layada est acquitté dans l'affaire de l'assassinat de Tahar Djaout lorsqu'il est jugé, en juillet 1994, par une cour spéciale pour son implication dans plusieurs attentats. Abdelhak Layada était au Maroc quand Tahar Djaout a été tué. Abdellah Belabassi, quant à lui, s'entraînait avec son équipe de handball au moment de l'attentat. Entre 1993 et 1997, près de 70 professionnels des médias dont 52 journalistes sont assassinés. Les auteurs de ces crimes n'ont jamais été arrêtés. Il suffisait aux autorités de dire que c'était l'œuvre du GIA pour fermer le dossier de toute liquidation physique touchant les journalistes. Cette façon de procéder était également de mise pour les autres assassinats. Mis à part le cas de Tahar Djaout, la presse elle-même n'a pas fait l'effort d'exiger la moindre enquête sur ces assassinats. Un "comité vérité" sur l'assassinat de Tahar Djaout avait été installé, mais il avait cessé d'activer après l'élimination de quelques uns de ses membres (tels que Saïd Mekbel, célèbre chroniqueur au journal le Matin, tué le 4 décembre 1994, ou le psychiatre de renommée internationale, Mahfoud Boucebsi, assassiné à l'arme blanche le 15 juin 1993). Le 12 avril 1997, vers minuit, quatre personnes en tenue civile, armés de revolvers, frappent au domicile d'Aziz Bouabdellah, à Chevalley, sur les hauteurs d'Alger, et crient : "Police, ouvrez !" Journaliste au quotidien arabophone El Alem Essiassi, Aziz Bouabdellah (âgé alors de 23 ans) est enlevé. Les recherches de ses parents au niveau de la police et de la gendarmerie ne donnent rien du tout. Les lettres adressées aux plus hautes autorités du pays ne font pas également avancer leurs investigations. Dans cette affaire aussi, peu de journalistes se sentent concernés par la disparition d'Aziz Bouabdellah. Journaliste à la radio, Djamil Fahassi disparaît non loin de son domicile, dans le quartier d'El Harrach, dans l'après-midi du 6 mai 1995. Père d'une petite fille, il avait laissé son enfant à la garde d'une personne de sa famille pour aller chercher de quoi manger. Condamné en 1991 à trois mois d'emprisonnement par le tribunal de Blida pour avoir rédigé un article paru dans El Forqane, un hebdomadaire de langue française du FIS dans lequel il critiquait l'armée, Djamil Fahassi est encore arrêté au début de l'année 1992 et il est parmi les 10 000 autres personnes envoyées dans les camps du Sud. Il passe 6 semaines dans un camp d'internement à Aïn Salah. Il est ensuite libéré sans avoir été inculpé ni jugé. Passionné de littérature universelle (grand admirateur de Yukio Mishima), Djamil Fahassi est toujours porté disparu. Un autre journaliste est également porté disparu et il a fallu attendre la mission de RSF en Algérie, au début de l'été 2000, pour que son cas soit rendu public. Il s'agit de Salah Kitouni, journaliste à Ennour, une publication qui paraissait à Canstantine et proche des thèses islamistes.
La honte nationale
"Le RND a tenu son congrès, ce week-end, dans un climat de cynisme, d'hypocrisie et d'indécence incroyables. [...] Dans un discours pure langue de bois, qui n'a ni sens ni consistance, son président "autodésigné" ose dire que le "RND se tient aux côtés des nécessiteux." Le culot et l'impertinence d'une telle affirmation ne peuvent échapper à personne. Les "militants" les plus connus du RND sont des locataires attitrés des luxueuses demeures de la résidence d'Etat de Club des Pins, que d'aucuns nomment le Jurassik Park. Savent-ils encore ce qu'est un "Algérien nécessiteux" ? Savent-ils comment vivent les Algériens dans les quartiers populaires des grandes villes, entassés les uns sur les autres, vivant au-dessous du seuil de pauvreté et dans une promiscuité indescriptible ? Savent-ils comment vivent les Algériens de l'intérieur sur les Hauts Plateaux ? Comme des moutons guettant chaque nuit, la peur au ventre, l'arrivée des égorgeurs. Savent-ils comment vivent les Algériens du Sud oubliés du développement ? Non, ils ne savent rien de tout cela. Ils sont coupés du monde qui les entoure. Isolés dans leur propre pays, ils ne sortent, accompagnés de leur escorte, que pour se rendre à leurs bureaux. On ne les a jamais vus se promener seuls dans la rue en compagnie des Algériens normaux, ni partager "leurs nécessités". "La création du RND est une insulte à l'intelligence et à la mémoire collective des Algériens [...].", écrivait Sâad Lounès dans l'éditorial du quotidien El Ouma du 5 avril 1997, au lendemain du premier congrès du RND, parti créé principalement par le général Mohamed Betchine, conseiller du président Liamine Zeroual. La réaction des autorités à ce texte osé ne se fait pas attendre.
Le mercredi 9 avril 1997, un huissier se présente à l'imprimerie Sodipresse (unique imprimerie privée de la presse algérienne) pour signifier la saisie des biens de l'imprimerie et la mise sous scellés de la rotative. Le lendemain, Sâad Lounès, directeur d'El Ouma, se rend à la brigade de gendarmerie pour protester contre cette mesure qu'il considère comme illégale. Le chef de brigade en informe le procureur qui lui demande de garder le journaliste dans ses locaux jusqu'à réception de nouvelles instructions. Ces dernières arrivent vite. Le procureur rappelle le chef de brigade pour l'informer que Saâd Lounès était recherché par mandat d'arrêt du tribunal de Chéraga, dans l'Algérois, pour émission de chèque sans provision, qu'il transmet par fax. Le journaliste est alors emmené, sous bonne escorte et présenté au procureur de Chéraga qui, après plusieurs consultations téléphoniques avec ses chefs, place Sâad Lounès sous mandat de dépôt à la prison d'El Harrach. Le lundi 14 avril 1997, le directeur d'El Ouma est présenté à l'audience publique du tribunal de Chéraga où son avocat demande le report du procès. Le juge refuse la liberté provisoire obéissant ainsi à une circulaire du ministre de la Justice de l'époque, Mohamed Adami, un homme du général Mohamed Betchine, qui interdisait aux magistrats d'accorder la liberté provisoire. A l'audience du 28 avril 1997, le directeur d'El Ouma est condamné à 30 mois de prison ferme. Rejugé en appel à la cour de Blida, après plusieurs audiences, Sâad Lounès est libéré le 15 juin 1997. Entre-temps, peu de voix parmi la presse algérienne se sont élevées pour stigmatiser ces dépassements. Ce n'est pas le cas quand certains journalistes, proches d'un clan du pouvoir, ont ce genre de problèmes."[...] Si le RND réussit "par miracle" à glaner la majorité des sièges, les germes générateurs de violence et de terrorisme seront à nouveau plantés. Et à ce moment-là, la sécurité nationale ne connaîtra pas le répit tant attendu", ajoutait Sâad Lounès dans son fameux édito intitulé "Le parti de la honte nationale". Créé le 21 février 1997, le RND gagnait, grâce à la fraude électorale massive, les élections législatives du 5 juin 1997. Exactement comme prévu par Sâad Lounès qui notait que "parmi la foule de gens qui se sont embarqués dans cette malheureuse aventure du RND, sur la lancée des deux derniers scrutins présidentiel et référendaire, il y en a beaucoup qui l'ont fait avec l'idée qu'ils pouvaient impunément ''ficeler'' les élections et remporter facilement la ''majorité absolue''".
Lorsqu'au printemps de l'année 1995, le président Liamine Zeroual installe le HCA (Haut-Commissariat à l'amazighité), il prononce un discours. La télévision algérienne montre les images de l'événement, mais les téléspectateurs n'entendent pas la voix du chef de l'Etat. Les journalistes de la télévision ne savent même pas qui a décidé de censurer les propos du premier magistrat du pays. Non, en réalité, tout le monde sait ce qui s'est passé, mais c'est ainsi que fonctionne la machine. "La télévision algérienne est une machine qui fonctionne à coups de téléphone", avoue un jeune journaliste de ce média lourd. Mais d'où proviennent ces coups de téléphone ? "Leur origine peut être multiple, mais souvent ils émanent des cercles décideurs", estime une journaliste de la télévision. Quand l'AIS décrète, à l'orée de l'automne de l'année 1997, une trêve unilatérale, suite à des accords passés avec l'ANP, la télévision algérienne lit, dans son journal de 13 heures, l'intégralité du communiqué de Madani Mezrag, chef de l'Armée islamique. Mais dans la soirée de la même journée, l'information est passée sous silence. En quelques heures, les directives venues d'en haut ont changé. Dans la journée, les hommes d'un clan du pouvoir ont exigé la lecture du communiqué de l'AIS. Dans la soirée, le général Mohamed Betchine a envoyé ses hommes pour censurer l'information. Ancien responsable des services secrets, Mohamed Betchine, devenu conseiller du président Liamine Zeroual, avait entamé des discussions avec les islamistes avant de les interrompre lorsque le chef de l'Etat avait estimé que le "dossier du FIS est clos". Au même moment, d'autres cercles du pouvoir ont continué les investigations visant à établir un accord avec l'AIS et ont, par la suite, atteint leur but. L'une des raisons de la démission de Liamine Zeroual, le 11 septembre 1998, est en rapport avec son refus de cautionner politiquement l'accord entre l'ANP et l'AIS. Durant la campagne électorale des présidentielles anticipées du mois d'avril 1999, le candidat Abdelaziz Bouteflika est le favori des décideurs. Toutes ses activités sont soigneusement filmées par les équipes spéciales de l'ENTV et les journalistes qui l'accompagnent sont sélectionnés. Ceux que l'on soupçonne de "rouler" pour Mouloud Hamrouche sont automatiquement écartés de la sphère. Les activités des autres candidats sont également montrées mais quand les "6" décident de se retirer de la course au poste de premier magistrat du pays, ils sont subitement interdits d'antenne. Qui a pris la décision d'ignorer les six candidats ? C'est encore un coup de fil. Mais pourquoi les journalistes de la télévision ne réagissent-ils pas à ces directives qui biaisent leur travail et leur enlèvent toute crédibilité ? Beaucoup d'entre eux confient, en privé, qu'ils ne sont que de "simples fonctionnaires obligés de gagner leur pain". Cependant, ces "fonctionnaires" profitent du système : logements et terrains à bâtir sont mis à la disposition des plus "serviles". Ceux qui, peu nombreux, sont réticents devant ce processus de normalisation autoritaire peuvent être inquiétés s'ils ont, par exemple, un problème avec le service militaire. Ces pratiques se retrouvent aussi dans le secteur de la presse privée. Ainsi, les éditeurs de ces publications dites indépendantes reçoivent régulièrement des logements de la part des autorités, logements qu'ils distribuent, à leur tour, à leurs protégés quand ils ne les revendent pas au prix fort dans un pays où la crise du logement fait des ravages. Après l'assassinat, le 18 octobre 1993, de Smaïl Yefsah, journaliste à la télévision, ses confrères de l'ENTV avaient, par miracle, réussi à rédiger un communiqué dans lequel ils disaient qu'ils voulaient simplement faire leur métier sans prêter main forte aux deux principaux belligérants de la crise algérienne, mais aucune suite n'a été donnée à ce texte. La routine a vite repris le dessus et de nombreux journalistes de l'ENTV sont allés sous des cieux plus cléments. Certains d'entre eux sont en train de mener des carrières professionnelles enviables au sein surtout des télévisions arabes du Moyen-Orient.
La télévision algérienne changera-t-elle un jour ? Intimement liée au système, l'Unique, comme elle est désignée par la vox populi, sera le parfait miroir des désirs et des volontés des décideurs. Il n'y a que la démocratisation véritable du pays qui pourra apporter un changement à cette douloureuse réalité. Cependant, cette démocratisation réelle est elle-même un processus complexe auquel les journalistes peuvent largement contribuer, y compris ceux de l'ENTV.
Descente à l'hôtel
Il fait nuit et légèrement froid. Les journalistes hébergés, pour raison sécuritaire, à l'hôtel El Manar de Sidi Fredj ont le temps de discuter entre eux des derniers développements de la scène politique. C'est la fin du mois de février 1997 et la création du RND, parti présidentiel, occupe les débats. Deux jeunes hommes, bien habillés, descendus d'une voiture de luxe, se pointent à la réception de l'hôtel et demandent à voir Fayçal Métaoui, journaliste au quotidien El Watan. C'est la troisième fois dans la journée qu'ils viennent discuter avec les employés de l'hôtel. Cette fois, ils ont atteint leur but : Fayçal Métaoui est là. Avec discrétion, ils accostent le jeune journaliste et lui font part de l'objet de leur visite. Fayçal Métaoui met au courant quelques collègues de l'ordre que lui intiment les deux agents du DRS (Département renseignement et sécurité, héritier de la puissante Sécurité militaire). Accompagné de ses amis et des deux agents, Fayçal Métaoui fait ses bagages , accepte de prendre quelques sous, rapidement ramassés par les collègues, et prend place dans la voiture de luxe des deux beaux gosses. Direction : la prison militaire de Blida. Directeur du quotidien El Watan où travaille Fayçal Métaoui, Omar Belhouchet arrive sur les lieux dix minutes plus tard mais il ne peut rien faire. Fayçal Métaoui est ensuite envoyé dans la caserne d'Aïn Arnat, près de Sétif, pour effectuer son service militaire. Considéré insoumis, comme des millions de jeunes de son âge, Fayçal Métaoui, né en 1968, à l'instar de Mohamed Laâgueb et Fouzi Sâadallah, journalistes de l'hebdomadaire arabophone El Houria, est incorporé au sein de l'armée à cause de ses écrits dérangeants. Après dix-huit mois passés à Aïn Arnat et Béchar, Fayçal Métaoui reprend sa place dans la rédaction d'El Watan. A bien des égards, il représente, avec certains de ses collègues dans d'autres rédactions, la force de la presse algérienne. Fayçal Métaoui et ses semblables recherchent le maximum de liberté d'expression et d'indépendance, malgré les nombreux écueils que les éditeurs et le pouvoir ne cessent de dresser sur leur chemin. Fayçal Métaoui fait partie des rares journalistes qui ont essayé de parler des droits de l'homme et des disparus, au moment où tout le monde ne cherchait qu'à se taire et éviter ainsi les problèmes. D'autres jeunes journalistes ont choisi ce chemin sinueux malgré leurs conditions de vie souvent déplorables. Ils sont, à bien des égards, à saluer. Durant l'été 1996, Chawki Amari, chroniqueur et caricaturiste de talent, né en 1964, est incarcéré pendant un mois à la prison de Serkadji pour une simple caricature parue dans le quotidien la Tribune. Malgré un large mouvement de protestation national et international, Chawki Amari ne sort pas indemne : il écope, le jour de son jugement, d'une peine de 3 ans de prison avec sursis. En réalité, Chawki Amari est ainsi puni pour ses deux années de chroniques osées publiées par le quotidien la Tribune. S'inspirant largement de Chawki Amari, Yassir Benmiloud, né en 1968, tente, dans la dernière page d'El Watan, d'égaler les prouesses écrites du caricaturiste. Ayant pour titre "Comme il a dit lui", ses chroniques ne tardent pas à avoir du succès. Dans l'une elles, Yassir Benmiloud attaque, de front, les véritables décideurs du système algérien. "[...] La question est la suivante : "Sommes-nous chez nous en Algérie ?" Habitons-nous chez Zeroual, chez Betchine ou chez Toufik ? Ces trois noms sont connus des Algériens et n'ont rien de tabou. Le premier est le président de la République à temps partiel. Le second est conseiller du premier. Le troisième est au courant de tout ce que font les deux premiers. Mais il faut que ces braves gens comprennent que l'Algérie est un Etat, une nation, avec ses périphériques tribaux et géographiques. Monsieur Zeroual, l'Algérie, c'est chez nous. Monsieur Betchine, l'Algérie est à nous. Monsieur Toufik, l'Algérie est notre adresse malgré vos maladresses. Tant que vous continuerez à gérer ce territoire comme un gâteau, les miettes risquent de vous rester en travers de la gorge. Souvenez-vous d'Octobre 1988. Si vous insistez, on peut vous refaire la même performance, et vous aurez beau tirer dans le tas, cette attitude serait aujourd'hui internationalement invendable. Alors, très peu de possibilités s'offrent à vous : soit vous démocratisez avec un minimum de sérieux, soit vous verrouillez avec un maximum de khorty. Prenez simplement conscience que vous ne pourrez jamais diriger un pays dont les habitants vous vomissent [...]", écrit Yassir Benmiloud. Les ennuis commencent alors pour lui. Dans son livre l'Explication (publié chez J.-Claude Lattès en 1999), il raconte une partie de ses démêlés avec les autorités.
Mardi 26 octobre 1999, le quotidien Liberté ne met pas de gants pour attaquer ouvertement Amnesty International. A la une de ce journal et dans son éditorial, la publication appartenant au milliardaire Issaâd Rebrab accuse l'ONG d'être un marchand d'armes. Liberté écrit que, selon l'hebdomadaire satirique français le Canard enchaîné du 20 octobre 1999, Amnesty International et l'ONG Agir Ici "sont directement impliquées dans le génocide au Rwanda. Elles ont joué un rôle dans la livraison d'armes avec la complicité d'organismes officiels". L'éditorial, signé par Outoudert Abrous, un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture et de la Communication, abonde dans le même sens. En réalité, dans l'article "Des états d'armes inquiétants", le Canard enchaîné n'a nullement développé de telles thèses. "Des tonnes de fusils, de pistolets, de mitrailleuses, de munitions françaises ont atterri au Rwanda entre 1988 et 1994, dans des conditions plus proches du trafic d'armes que du commerce officiel. Avec l'aide de deux ONG, Amnesty International et Agir Ici, l'Observatoire des transferts d'armements a publié, fin septembre, un passionnant rapport que personne n'a, semble-t-il, pris le temps de lire. Or il devrait faire grincer quelques dents", écrivait le Canard enchaîné. Il est donc impossible que la une et l'éditorial de Liberté soient le résultat d'une lecture erronée du journal français. Il s'agit bien d'une désinformation délibérée au moment où Amnesty International s'apprêtait à se rendre en Algérie. Ancien reporter sportif du quotidien gouvernemental Horizons, l'auteur de l'article en question fait partie d'un groupe de journalistes qui travaillent étroitement avec des cercles du pouvoir.
Le 27 mai 1998, Lila H. est à son travail au siège de wilaya du RCD, situé à la rue Didouche-Mourad d'Alger. Vers 14 heures, Hocine Nia, député et vice-président du parti, accompagné d'un député du RND font leur entrée. Après les présentations d'usage, le député du RND, raconte Lila, "s'approche de moi et me demande de venir faire l'amour avec lui". La jeune fille est secouée et attend une réaction de la part de Hocine Nia qui ne vient pas. "J'avoue que je ne m'attendais pas à entendre de telles obscénités à mon encontre dans le siège du parti et encore plus devant mon deuxième vice-président qui n'a réagi à aucun moment", affirme Lila. La jeune fille rédige alors, le jour même, un rapport qu'elle adresse au président du bureau national d'Alger du parti, au secrétariat national à l'organique et au premier vice-président du parti. Aucune réaction. Lila tente une seconde série de recours adressés, cette fois-ci, à la commission nationale de discipline, au docteur Saïd Sadi, président du RCD, et à Khalida Messaoudi, troisième vice-présidente du parti et chargée de la condition féminine. Au même moment, les militants de base du RCD entament un mouvement de fronde, matérialisé par une pétition. Au bout de la 74e signature, Lila H. se fait convoquer par Amara Benyounès, premier vice-président du parti. Après avoir écouté ses doléances, l'actuel ministre des Travaux publics lui signifie qu'"il n'y aura pas de problèmes à condition qu'elle arrête la pétition et qu'elle calme les militants". Mais avec la mort de Matoub Lounès, l'affaire de Lila H. est complètement oubliée. Elle est même classée. "Il n'y a eu ni commission de discipline, ni droit de femmes, ni militantisme, ni justice, ni démocratie au sein du RCD", estime Lila H. En décidant de rendre publique son affaire, la jeune militante du RCD se rapproche de la presse dite indépendante, mais elle comprend vite que le RCD, entre autres, dispose d'une certaine immunité médiatique auprès des médias. Seuls les quotidiens El Alem Essiassi et l'Authentique acceptent de parler de son affaire au mois de mai 1999. " Si j'ai pris la décision de rendre cette affaire publique, c'est pour informer l'opinion de la réelle vérité des personnes qui se réclament être les leaders de la démocratie", souligne Lila H.
Une bataille inutile
Véritable machine de guerre, l'Hebdo libéré, dirigé par Abderrahmane Mahmoudi, grâce à l'argent de Mohamed Meguedem (chef du département de l'information à la présidence de la République en 1989), a atteint, au début de l'année 1992, des tirages de 100 000 exemplaires. L'hebdomadaire en question ne se gêne pas pour développer un discours haineux. "Il est inutile de vouloir nier que deux peuples s'y côtoient encore, mais ne s'y rencontrent plus. Un peuple de retour au passé et du conservatisme le plus féroce et un peuple du progrès et de la modernité. Aucun point commun ne lie plus ces deux sociétés. Aucun référent culturel ni politique. Aucune règle de convivialité ne saurait maintenant rassembler autour d'une même table deux sortes d'Algériens qui se considèrent comme totalement étrangers les uns aux autres. Que ce soit par l'habit, les formules de politesse ou les rites sociaux, tout au contraire pousse à la différenciation et au rejet mutuel", écrit Abderrahmane Mahmoudi dans le numéro du 7 au 13 janvier 1993. Abdelkrim Djaâd estime dans la même publication que "les deux peuples vont s'entre-tuer". Le futur directeur de l'hebdomadaire Ruptures, candidat malheureux aux législatives de décembre 1991, sous les couleurs du RCD, ose expliquer que "en oubliant de considérer les réalités, le pouvoir, les candidats, les partis et les électeurs intelligents sont tous coupables d'avoir contribué à la tenue de ces élections". L'ancien journaliste de l'hebdomadaire étatique Algérie Actualité se demande presque comment on a osé donner aux Algériens la possibilité de voter "dans un pays où un adulte sur deux ne sait même pas lire un chiffre" ! Abderrahmane Mahmoudi parle d'affrontement quelques jours avant l'assassinat de Mohamed Boudiaf. "Modernistes d'un côté, traditionalistes de l'autre, les Algériens en viendront assez rapidement à régler leurs problèmes identitaires par des moyens pas nécessairement pacifiques. […] Commandos contre commandos, chacun imposera le respect de ses convictions les armes à la main", soutient-il dans le numéro du 10 au 16 juin 1992. Abderrahmane Mahmoudi est quand même lucide en imaginant l'issue de la guerre qui s'annonce. "Si bataille il y a, ce qu'à Dieu ne plaise, elle sera violente, sanglante, meurtrière et parfaitement inutile. Et ce ne seront ni les commandos d'Afghans ni les commandos progressistes qui souffriront le plus. Les écrans de télévision nous renvoient déjà les larmes des mères et des enfants innocents qui ne comprendront jamais qu'on puisse tuer pour faire semblant de vivre", fait-il remarquer. Dans cette bataille inutile, Nadir Mahmoudi, frère d'Abderrahmane, trouve la mort lors d'une attaque commando contre le siège de l'Hebdo libéré, le 21 mars 1994. Ancien capitaine des services de renseignement, avant de devenir écrivain et directeur de l'excellente revue paraissant à Paris, Algérie Littérature Action, Aïssa Khelladi est l'un des premiers journalistes à envisager un coup d'Etat au début de l'année 1992. Dans un numéro de l'Hebdo libéré (du 1er au 6 janvier 1992), il donne des recettes pour la réussite d'une telle entreprise. "Or, pour être fiable, en 1992, un coup d'Etat ne peut se placer que dans la perspective de défense de la démocratie. La seule force à même de cautionner l'ANP, dans cette perspective, est le FFS, puisque tous les autres partis ont disparu. On peut même pousser plus loin cette logique : une dictature militaire qui fait appel à un civil pour garantir son image de marque et pour préserver aussi bien les libertés démocratiques que le processus en cours, sous sa forme nouvelle. Ce civil, en l'état actuel, n'est autre qu'Aït Ahmed", écrit-il. Une semaine plus tard, les décideurs optent pour l'installation de Mohamed Boudiaf à la tête du HCE. Ancien membre fondateur du quotidien régional El Acil, Hichem Aboud était également un capitaine de la Sécurité militaire. Après un passage au sein de la rédaction du quotidien l'Opinion, il fonde en mars 1994, le Libre, un hebdomadaire vite suspendu par les autorités. Depuis la France où il se réfugie, Hichem Aboud accuse le général Mohamed Betchine d'avoir torturé des manifestants en octobre 1988 et de détournements de biens de l'Etat. Pour Hichem Aboud, l'ancien patron des services n'avait pas "digéré sa mise à l'écart de la scène politique en 1990", et de ce fait, il se réjouissait de la détérioration de la situation en espérant un retour aux affaires." Aigri, Betchine a été jusqu'à jubiler en apprenant l'assassinat de Boudiaf. Non pas qu'il était contre Boudiaf, mais c'est qu'il s'attendait à voir le général Toufik "sauter" de son poste. Il me disait : "A sa place, je me serais tiré une balle dans la tête", raconte Hichem Aboud dans un droit de réponse publié par le quotidien le Matin (du 22 juillet 1999).
Placardé sur les murs de la maison de la presse Tahar-Djaout, un tract du SNJ (Syndicat national des journalistes) appelle, au début du mois de mars 2000, les professionnels de la presse à se mobiliser pour faire respecter leurs droits. "Les journalistes et travailleurs de la presse connaissent aujourd'hui une situation socioprofessionnelle lamentable, marquée par la précarité et l'absence de droits élémentaires. […] Nombreux sont les éditeurs qui violent allègrement la législation du travail. Ainsi, des salariés sont embauchés sans contrat de travail ou avec des contrats qui ne sont pas conformes à la réglementation. Des éditeurs emploient des travailleurs au noir, c'est-à-dire sans les déclarer à la sécurité sociale et à la Caisse nationale des retraites. Ils ne leur délivrent pas de fiche de paie. Quand ils le font, ces dernières ne sont pas conformes à la loi. Certains éditeurs emploient des "stagiaires" qu'ils paient largement en dessous du SMIG et qu'ils font en réalité travailler comme des permanents. Dans certains cas, les salariés font les frais de conflits opaques entre éditeurs ou d'une mauvaise gestion et ne sont pas rémunérés durant des mois. Alors qu'ils engrangent d'énormes profits, les éditeurs (à quelques exceptions près) ne prennent pas en charge, ou le font de manière très insuffisante, les questions d'hygiène, de sécurité et de médecine du travail", estiment les animateurs du SNJ. Au bout d'une dizaine d'années de pluralisme médiatique, un fossé s'est creusé entre les éditeurs, propriétaires des titres, essentiellement issus de la presse publique, et les journalistes. En un temps record, les éditeurs qui ont accepté les règles de jeu établies par les décideurs se sont fait des situations enviables. Durant toutes ces années de violences multiples, beaucoup de journalistes n'étaient même pas inscrits à la sécurité sociale. C'était le cas, par exemple, des journalistes de l'hebdomadaire la Nation dont la directrice de la rédaction, Salima Ghezali, a eu le prix Sakharov. On a trop parlé de certaines suspensions de titres par les autorités. En réalité, même les publications développant une forme de contestation constituaient, d'une façon ou d'une autre, un alibi démocratique au bénéfice du pouvoir. Les décideurs pouvaient, juste en invoquant les lois du travail bafouées, suspendre n'importe quel journal. "Face à leurs employés, certains éditeurs établissent des rapports empreints d'un autoritarisme d'un autre âge. Sûrs de leur impunité, ils se conduisent comme des roitelets qui bafouent la dignité élémentaire des salariés ainsi que la législation du travail. Les journalistes et les travailleurs de la presse qui osent défier cette toute puissance des éditeurs risquent tout simplement de perdre leur travail", peut-on lire dans le tract du SNJ. Pour les animateurs de ce syndicat, affilié à la FIJ, cette situation inique doit cesser. "Il n'est plus question de tolérer que des patrons de presse, qui dénoncent dans leurs journaux les atteintes à l'état de droit lorsque celles-ci sont le fait des autorités, bafouent eux-mêmes la législation du travail", ajoute la déclaration du SNJ.
Source : Le Jeune Indépendant, mars et avril 2001
(1)-Youssef Zirem, journaliste et écrivain, auteur, entre autres, de Les Enfants du brouillard ( éd. Saint Germain des Près, 1995), l'âme de Sabrina ( éd. Barzakh, 2000), Algérie, la Guerre des ombres ( éd. Le grip-complexe, 2002), le Chemin de l'éternité ( éd. Sefraber, 2009).
Par Achour Cheurfi
Monopole exclusif de la presse coloniale et métropolitaine, l’information est vite devenue un enjeu stratégique dont la maîtrise s’avère capitale, surtout en temps de guerre. Dès le déclenchement de l’insurrection, le Front de Libération Nationale décide de contre-attaquer en se dotant de ses propres moyens : « Résistance algérienne » en 1955 et « El Moudjahid » en 1956, pour la presse écrite et « Sawt al Djazaïr al moukafiha » (La voix de l’Algérie combattante) pour la radio. Dans cette bataille et malgré l’inégalité des moyens, c’est la vérité révolutionnaire qui a triomphé sur le mensonge colonial.
La presse coloniale pro « Algérie française » : passion et racisme
Au moment où la guerre de libération est déclenchée en 1954, toute l’information est le monopole de la presse coloniale et métropolitaine. Dans les kiosques, en Algérie, étaient vendus les journaux connus pour leur position franchement pro-coloniale et pro-« Algérie française» tels que « l’Echo d’Alger », « Dernière Heure », « La dépêche de Constantine» et « l’Echo d’Oran » dont les propriétaires faisaient partie des « cent seigneurs » de la colonisation comme Blachette, Schiaffino, Duroux, de Sérigny, Borgeaud, Morel, Munek, etc. Ces feuilles quotidiennes ou hebdomadaires s’adressaient directement à la minorité européenne et défendaient par conséquent les intérêts de cette dernière. Elles entretenaient un climat raciste et passionnel entre les deux communautés.
Parmi les journaux des colons qui bénéficient d’une audience importante et jouent un rôle politique certain «Le journal d’Alger», «l’Echo d’Alger», «La Dépêche quotidienne» et «l’Echo d’Oran». « La Dépêche de Constantine» dont l’orientation politique est définie par le sénateur de la ville (en 1958), Léopold Morel, un conformiste « libéral » possédant plusieurs propriétés (dont le domaine de Staouéli qui produit des vins réputés) jouit d’une influence locale.
«L’Echo d’Alger », le plus connu des quotidiens algérois, fondé en 1912, appartient au fils du sénateur Jacques Durroux qui possède entre autres biens la minoterie d’El Harrach (Maison Carrée). Longtemps tout puissant, les gouverneurs généraux et les préfets étaient nommés au choix de ce sénateur qui faisait les élections de députés selon la « tradition », c’est-à-dire en fraudant. Le quotidien qui était au service de Vichy de 1940 à 1942 ne sera pas inquiété après comme le fut « La Dépêche Algérienne ». Dirigé par son beau-frère Alain Sérigny, membre du Comité de Salut public et animateur actif des événements du 13 mai 1958, le journal connaît depuis le 1er novembre 1954 l’entrée comme directeur général adjoint d’un officier d’état major du général Massu, le capitaine Bernard Marion que rien ne prédisposait au journalisme. Ce qui laisse croire que l’armée ou un groupe de militaires devenait partie prenante à «l’Echo d’Alger». Après l’arrestation le 24 janvier 1960 de son directeur pour son rôle dans la « semaine des barricades », Raoul Zévaco, propriétaire, pharmacien, ancien maire d’El Harrach, délégué à l’Assemblée algérienne, le remplace. Politiquement, « l’Echo d’Alger » (qui publie également « Dernière Heure » (15 000 exemplaires), un quotidien du soir et « Dimanche matin », un hebdomadaire paraissant à Alger et Constantine a d’abord lutté pour le maintien du « statu quo » contre le collège unique, contre la loi-cadre,
contre l’égalité des droits, contre toute réforme. Depuis que de Gaulle s’est prononcé pour l’autodétermination, il devient très anti-gouvernemental, contre le cessez-le-feu et pour « l’Algérie française ». Son fort tirage, le plus fort de tous les quotidiens, avec 83 000 exemplaires (en octobre 1959) fait de lui le premier journal de la communauté européenne en Algérie dont les liens avec les milieux activistes sont assez solides.
« La Dépêche Quotidienne », financée d’abord par le gros colon Henri Borgeaud, propriétaire du domaine de la Trappe (40 000 hectolitres de vin par an) et administrateur d’une vingtaine de sociétés parmi lesquelles la Manufacture des tabacs Bastos, le Crédit foncier d’Algérie et de Tunisie et l’Union foncière nord-africaine, elle devient la propriété quasi exclusive de l’armateur Laurent Schiaffino (sénateur en 1959 contre de Sérigny, président de la chambre de commerce d’Alger et de la région économique d’Algérie et propriétaire d’une trentaine de cargos) depuis 1956 qui plaça à sa tête son beau-frère M. Malen. Tirant à 50 000 exemplaires, ce quotidien défend les mêmes positions politiques que « L’Echo ».
« Le Journal d’Alger » tirant à 64 000 exemplaires (en 1959) appartient à M. Blachette, le « roi de l’alfa » (contrôlant plusieurs sociétés d’alfa), homme d’affaires très puissant et député, qui confia la direction à Louis Cordonna. Considéré comme moins lié aux activistes que les deux premiers, il insiste souvent sur les aspects positifs du gouvernement. Ce qui ne l’empêche pas de recommander le bombardement des bases du FLN en territoire tunisien même si cela occasionnait beaucoup de victimes civiles.
A l’ouest, « L’Echo d’Oran » (relayé par un journal du soir, « L’Echo du Soir » - 25 000 exemplaires- et un hebdomadaire, « L’Echo du Dimanche » tirant à 42 000 exemplaires) jouit d’une situation de quasi-monopole dans une région où la population européenne est particulièrement dense. Il appartient à la famille des Perrier (présente dans la vigne et majoritairement actionnaire du Grand Hôtel d’Oran, le plus important de la ville) qui confie la direction générale à l’un de ses gendres, Pierre Laffont, député, époux de Nathalie Perrier et frère de Robert Laffont, l’éditeur parisien. Le quotidien adopte une ligne moins ultra que celle de Serigny, se montre favorable à la loi cadre, accepte l’autodétermination bien que privilégiant « l’intégration ».
A l’Est, deux « Dépêches » occupent une position solide. Fondée en 1908 par Louis Morel, « La Dépêche de Constantine » qui tirait à 44 000 exemplaires, servit les intérêts des sénateurs Paul Cuttoli qui fut le directeur politique avant la Deuxième Guerre et René Mayer après la guerre et Léopold Henri Morel (fils du fondateur) durant la guerre de libération. « La Dépêche de l’Est », quotidien de Annaba (Bône), d’un rayonnement très local, voit le jour en 1878. Elle était dirigée par Charles Munk, une notabilité agricole avant que la Société des Tabacs d’Hippone ne rachète la quasi-totalité des actions (11 332 sur 11 600) en 1953.
Le paysage médiatique algérien est ainsi contrôlé par cinq gros colons et gendres de gros colons, les Schiaffino, Blachette, de Serigny, Morel et Duroux qui s’évertuent à cacher la réalité de la guerre, à dénaturer le combat libérateur du peuple algérien, à légitimer de façon systématique la répression dans une vaine tentative de sauver l’ordre colonial. A l’issue d’une enquête intitulée « La presse d’Algérie, ses maîtres, son action », la revue « Presse actualité » (n° 48 de juin 1960) affirme clairement que les « Européens d’Algérie sont mal informés, mais aussi qu’ils sont soumis de la part de leur presse à des campagnes d’excitation qui expliquent en partie leurs réactions spontanées (…) Leurs soutiens métropolitains, anciens ou présents, ont aussi une lourde part de responsabilité ». La même enquête relève ce paradoxe algérien qui veut que « 9 millions d’arabophones ne disposent plus d’une presse en leur langue, tandis qu’un million d’Européens constituent le marché de sept ou huit journaux ».
La presse de la résistance : mettre fin à la rumeur, se faire connaître et connaître ses objectifs
Le Front de Libération Nationale (FLN) qui a déclenché l’insurrection le 1er novembre 1954, n’était connu aussi bien au niveau national qu’international qu’à travers ces journaux coloniaux qui appelaient du reste les Algériens «Fellagas», « Hors-la Loi », « Coupeurs de route et de gorge ».
S’il est vrai que certains journaux français comme «Le Monde », « L’Express », « France-Observateur» ou «L’Humanité» étaient vendus dans ces mêmes kiosques et donnaient un minimum d’informations plus ou moins «neutres» et relativement « objectives », il n’en demeure pas moins qu’en raison du climat de suspicion et de méfiance qui régnait à cette époque, il était très difficile aux Algériens de se les procurer, sans trop de danger, car leur achat pouvait signaler la sympathie pour le FLN.
Le contrôle de l’information et de ses circuits devenait de plus en plus important au fur et à mesure que les autorités coloniales se sentaient menacées. Comme souvent c’était le cas, le tenancier du kiosque était aussi un indicateur de la police et l’achat de tels journaux devenait un acte dangereux. En raison de tout cela, la grande majorité de la population est demeurée longtemps sans informations réelles sur le FLN. Il restait la rumeur, avec ses capacités de donner une allure fantasmagorique aux événements, et baptisée par l’éloquence raciste coloniale le « téléphone arabe ».
La population algérienne, sympathisante ou non du FLN, se trouvait dans l’alternative de rester sans information ou d’acheter les journaux colonialistes. C’est pourquoi le FLN, pour se faire connaître et faire connaître ses objectifs politiques, décide d’entrer dans le jeu et de créer son propre système d’information. Il est vrai qu’il existe une presse clandestine mais déjà en septembre 1955, « Alger-Républicain », proche du parti communiste algérien est interdit. L’hebdomadaire des Oulémas, « El Baçaïr » est supprimé en avril 1956. Néanmoins certains bulletins d’information furent publiés jusqu’au début de 1956 par le FLN ou ses organisations satellites comme «Résistance algérienne», l’hebdomadaire « L’Ouvrier algérien » de l’Union Générale des Travailleurs algériens dès le 6 avril ou «L’Economie algérienne», l’organe de l’Union générale des Commerçants algériens. Bien entendu le mouvement messaliste, le MNA et son syndicat, l’Union Syndicale des Travailleurs algériens (USTA), possèdent leurs propres titres (respectivement « La Voix du peuple » et « La Voix du Travailleur algérien ») mais leur audience paraît assez limitée. Dès le congrès de la Soummam tenu au mois d’août 1956, le Front de Libération nationale tenait à mettre en place un appareil d’information et de propagande efficace. Les wilayas disposaient de feuilles modestes ronéotypées destinées à la mobilisation de leurs troupes : L’Echo du Titteri et Le Bulletin intérieur (Zone autonome d’Alger) ; La Vérité, Bulletin de nouvelles des Combattants, La Voix du Moudjahid, La Voix des montagnes et Renaissance algérienne (Wilaya III, 1958-59) ; Guérilla et Révolution algérienne (Wilaya IV, 1957) ; Avenir, Combat, Lettre d’Algérie, Echos militaires de la Wilaya d’Oran (Wilaya V, 1958).
Dès sa sortie du territoire national en 1957, le CCE a tenu à faire en sorte qu’un seul organe, en l’occurrence « El Moudjahid », s’exprime officiellement en son nom et à supprimer la « Résistance algérienne » (1) avec ses trois éditions, A, B, et C et qui paraissaient respectivement (depuis juin 1956) à Tétouan (Maroc), à Tunis (depuis novembre 1956) et même en France (jusqu’en décembre 1957).
Naissance du porte-parole officiel du FLN : diffuser la vérité sur la guerre, l’indépendance et ses buts de paix
Le premier numéro d’« El Moudjahid » paraît en juin 1956 sous la forme d’une brochure ronéotypée d’une trentaine de pages.
La parution des sept premiers numéros est assez difficile et irrégulière en raison de la clandestinité. Tiré à Alger, à chaque fois dans un endroit différent (à Kouba, à Ruisseau, au Télemly etc.), le nombre d’exemplaires est assez limité et se situe autour de 500. A son septième numéro (qu’on ne retrouvera pas cinquante ans plus tard), les archives et les machines du journal sont découvertes et détruites en février 1957, lors de la Bataille d’Alger. Plus tard, « El Moudjahid » paraîtra sous forme d’un journal imprimé, cette fois-ci d’abord au Maroc, jusqu’au numéro dix (donc trois numéros en tout) ensuite en Tunisie jusqu’au numéro 91 (pour l’édition française). Les deux éditions française et arabe étaient dirigées respectivement par Rédha Malek (juillet 1957- septembre 1962), Brahim Mezhoudi puis Mohamed El Mili (2). Après l’indépendance, il sera respectivement animé par Belkacem Benyahia (jusqu’en décembre 1963) et Mourad Bourboune (jusqu’à sa disparition le 31 août 1964). Sur les 120 numéros publiés, il y eut plus de 200 articles, 150 reportages, 50 interviews et 150 dossiers....et autres informations et rapports. Le souhait de Abane Ramdane dans le bulletin de naissance de ce journal a été largement exhaussé, alors qu’il écrivait : « L’exploitation et la diffusion de la vérité sur la guerre d’indépendance, sur ses buts de paix, prolongent les succès militaires de l’ALN et consolident l’union du peuple algérien, cette union dans le combat et le sacrifice dont n’est capable qu’une nation en mesure de présider totalement à ses destinées. C’est donc là un besoin primordial auquel El Moudjahid dans sa présentation de fortune, essayera de donner satisfaction».
La création d’El Moudjahid se situe dans la bataille autour des «appareils idéologiques» que se livrent les deux protagonistes du conflit, d’une part le pouvoir colonial, et d’autre part, le mouvement de libération représenté par le FLN. Pour ce dernier, il s’agissait surtout de limiter l’impact de la presse coloniale auprès des Algériens et de l’opinion internationale.
Parallèlement à la presse écrite, le FLN, outre les relais et les émissions radiophoniques dont il dispose dans les pays arabes (Sawt Al Arab, au Caire dès 1955 ; El Djazaïr Atha-Ira à Tunis et à Damas dès 1956, Sawt Athawra al Djazaïria de
Bagdad, en 1957 et Tripoli en 1958), va monter sa propre radio, « La voix de l’Algérie combattante » (ou Sawt al Djebha), qui émet, quoique dès la mi-décembre 1956, à partir du Nador au Maroc. Clandestine et ambulante, entreprenante et efficace, son apport psychologique à la cause algérienne est certain (3). Pour limiter son impact, les autorités coloniales ont eu recourt à tous les moyens : les bombardements, le brouillage et la diffusion d’émissions pirates. A cela il faudrait sans doute ajouter, outre le service cinéma du GPRA, la création à Tunis le 1er décembre 1961, sous le sigle APS (Algérie Presse Service), d’une agence de presse authentiquement algérienne.
Achour Cheurfi, El Djazaïr.com, n°20/novembre 2009
Notes :
(1)-La rédaction de Résistance algérienne (1955-1957) est ainsi structurée : Edition marocaine : Mohamed Boudiaf et Ali Haroun ; Edition parisienne : Salah Louanchi et Jean Senac ; Edition tunisienne : Abderrezak Chentouf (avocat, responsable) ; Mohamed El Mili (rédacteur) ; Mohamed Salah Seddik (rédacteur) et Lamine Bechichi (secrétaire de rédaction et impression).
(2)- La rédaction d’El Moudjahid est ainsi structurée : Coordination: Abane Ramdane, Benkhedda Benyoucef et Temmam Abdelmalek pour la phase constitutive algéroise (1956-1957) ; Ahmed Boumendjel (1957-1958) et M’hamed Yazid (1958-1962).
Edition arabe : Brahim Mezhoudi (Rédacteur en chef) ; Abdallah Chériet (commentateur politique) ; Mohamed El Mili (rédacteur) ; Abderrahmane Chériet (traducteur de l’anglais vers l’arabe) ; Aïssa Messaoudi (chargé du volet militaire) et Lamine Bechichi (secrétaire de rédaction et monteur).
Edition française : Réda Malek (Rédacteur en chef) ; Frantz Fanon (commentateur politique) ; Pierre Chaulet (commentateur politique) ; Mohieddine Moussaoui (secrétaire de rédaction et monteur) ; Ahmed Dahraoui (photographe) ; Mahmoud (Hamrouche diffusion).
La collection d’El Moudjahid en langue française a été éditée en 1962 en Yougoslavie (sans le numéro 92 qui ne paraît qu’en avril 1962 à Blida) alors que la collection en langue arabe a été éditée en 1984, en quatre volumes, par le Ministère de l’Information et de la Culture.
(3)- Principaux animateurs de la radio clandestine de la résistance : Abdeslam Belaid, Abdelmadjid Meziane, Rachid Nedjar, Madani Haouès, El Hachemi Tidjani et Cheikh Réda Bencheikh El Hocine. Plus tard, à partir de 1959 : Aïssa Messaoudi, Khaled Safer et Mustapha Toumi. (Source : Lamine Béchichi cité dans L’information et ses missions durant la Révolution, CNERMNN, Alger, p. 374).
A la suite d'un article publié par El Moudjahid ciblant les étudiants de l'université de Tizi Ouzou et l'écrivain Mouloud Mammeri, très porté sur les questions culturelles, ce dernier a adressé au journal une mise au point. Ce texte n'a jamais été publié par le quotidien en question.
"Dans la page culturelle du n°4579 de votre journal, en date du 20 mars 1980, vous avez fait paraître un article me mettant directement en cause, sous le titre « Les donneurs de leçons ». Le texte contenant un certain nombre de contrevérités, je vous prierai de faire paraître ce rectificatif dans la même page de votre prochain numéro.
Sur les allégations me concernant personnellement, je fais l'hypothèse charitable que votre bonne foi a été surprise et que ce qui ailleurs s'appellerait mensonge et diffamation (et serait à ce titre passible des tribunaux), n'a été chez vous qu'erreur d'information. Il va de soi que je n'ai jamais écrit dans L'Echo d'Alger l'article mentionné dans votre texte.
Il va sans dire que je n'ai jamais eu à refuser de signer le mystérieux manifeste de 1956 que vous évoquez en termes sibyllins. Je serais heureux néanmoins que cet incident soit pour vous l'occasion de prendre une dernière leçon sur la façon même dont vous concevez votre métier.
Le journalisme est un métier noble mais difficile. La première fonction et à vrai dire le premier devoir d'un journal d'information comme le vôtre est naturellement d'informer. Objectivement, s'il se peut, en tout cas en toute conscience. Votre premier devoir était donc, quand vous avez appris ces évènements (et non pas dix jours plus tard) d'envoyer un de vos collaborateurs se renseigner sur place sur ce qui s'est passé exactement afin de les relater ensuite dans vos colonnes.
Vous avez ainsi oublié de rapporter à vos lecteurs l'objet du mécontentement des étudiants. Cela les aurait pourtant beaucoup intéressés. Cela leur aurait permis en même temps de se faire une opinion personnelle. Ils n'ont eu hélas droit qu'à la vôtre. Vous auriez pu pourtant leur apprendre qu'il est des Algériens pour penser qu'on ne peut pas parler de la poésie Kabyle ancienne à des universitaires algériens.
Nous sommes cependant quelques-uns à penser que la poésie kabyle est tout simplement une poésie algérienne, dont les Kabyles n'ont pas la propriété exclusive, qu'elle appartient au contraire à tous les Algériens, tout comme la poésie d'autres poètes algériens anciens comme Ben Msaïeb, Ben Triki, Ben Sahla, Lakhdar Ben Khlouf, fait partie de notre commun patrimoine.
En second lieu, un journaliste digne (et il en est beaucoup, je vous assure) considère que l'honnêteté intellectuelle, cela existe, et que c'est un des beaux attributs de la fonction-même et surtout quand on écrit dans un organe national- là, moins qu'ailleurs, on ne peut se permettre de batifoler avec la vérité. Je parle de la vérité des faits, car pour celle des idées, il faut une dose solide d'outrecuidance pour prétendre qu'on la détient. Mais visiblement pareil scrupule ne vous étouffe pas. Avec une superbe assurance et dans une confusion extrême, vous légiférez, mieux, vous donnez des leçons.
Vous dites la volonté, que vous même appelez unanime, du peuple algérien, comme si ce peuple vous avait, par délégation expresse, communiqué ses pensées profondes et chargé de les exprimer. Entreprise risquée ou prétention candide ? Quelques affirmations aussi péremptoires dans la forme qu'approximative dans le fond, peuvent être l'expression de vos idées (si l'on peut dire) personnelles. Pourquoi en accabler le peuple ? Il n'est naturellement pas possible de traiter en quelques lignes la masse des problèmes auxquels vous avez, vous, la chance d'avoir déjà trouvé les solutions.
Je vais donc tenter de ramener à quelque cohérence la confusion des points que vous évoquez. Vous me faites le chantre de la culture berbère et c'est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l'enrichir à la diversifier, et, à ce titre, je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer. Mais, si du moins j'ai bien compris votre propos, vous considérez, comme incompatibles le fait de vouloir le développement de cette culture avec ce qu'en vrac et au hasard de votre plume vous appelez : les valeurs arabo-islamiques, l'indépendance culturelle, etc. « Vous dites la volonté (...) du peuple algérien, comme si ce peuple vous avait (...) communiqué ses pensées profondes et chargé de les exprimer ». Vous êtes naturellement libre d'avoir une pareille opinion. Ce n'est pas la mienne. Je considère personnellement qu'au fond de culture berbère, qui nous est commun à tous, l'Islam et les valeurs islamiques sont venus nous apporter un élément essentiel à la définition de notre identité. Je considère que l'Islam des premiers siècles a été un instrument de libération et d'émancipation de l'homme maghrébin. Je pense que par la suite il a été le ciment idéologique de la résistance nationale aux menées espagnoles et portugaises sur nos côtes.
Naturellement, entre les différents visages qu'il peut prendre dans la réalité, j'opte quant à moi pour le plus humain, celui qui est le plus progressiste, le plus libérateur et non pour le visage différent qu'il a pu présenter aux heures sombres de notre histoire. La contradiction visiblement ne vous gêne pas. « La nation algérienne, écrivez-vous, a trouvé son unité dans sa diversité. » Voilà un sain principe, mais comment le conciliez-vous avec l'article que vous venez de commettre ? Cette diversité que vous êtes fier d'affirmer dans les mots, cela ne vous gêne pas de la refuser aussitôt dans les faits ?
"Si je comprends bien, vous voulez vous donner en même temps le beau rôle d'un libéralisme de principe avec les avantages de la tyrannie idéologique, en un mot être en même temps progressiste dans les termes et totalitaire dans les faits ? Ne vous y trompez pas : ce genre d'agissements n'a pas la vie longue. On peut tromper tout le monde quelque temps, on peut tromper tout le temps quelques hommes, on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. C'est un autre que moi qui l'a dit au dix-neuvième siècle et l'adage depuis a toujours été vérifié.
Le véritable problème est donc premièrement dans la conception étrange que vous avez de votre métier. Que vous soyez totalitaire c'est votre droit, mais vous concevrez aisément que d'autres Algériens préfèrent à la pratique des slogans contradictoires, celle de l'analyse honnête. Le véritable problème est deuxièmement dans la vision que vous voulez imposer de la culture algérienne, évoluant entre l'oukase et la déclaration de bonne intention toujours démentie dans les faits.
L'unité algérienne est une donnée de fait. Elle se définit, comme incidemment vous l'avez écrit, dans la diversité, et non point dans l'unicité. À cette unité dans la diversité correspond une culture vivante. La culture algérienne est, dites-vous, « sortie de ses ghettos, de ses inhibitions et de ses interdits ». Votre article est la preuve éclatante qu'hélas, elle y est enfoncée jusqu'au cou. Mais soyez tranquille : elle en a vu d'autres, la culture algérienne, et une fois de plus, elle s'en sortira. Elle s'en sortira car « toute tentative d'imposer quelque chose à notre peuple est vaine et relève de l'irresponsabilité». C'est votre propre propos. Dommage que vous n'y croyiez pas !"
Dans un article publié en page culturelle d'El Moudjahid, le 20 mars 1980, le rédacteur en chef Kamel Belkacem a pris à partie les étudiants de l'université de Tizi Ouzou ainsi que l'écrivain Mouloud Mammeri.
"Des étudiants du Centre Universitaire de Tizi-Ouzou ont exprimé leur mécontentement il y a quelques jours à la suite d’une conférence annulée d’un homme qui, pour prétendre être le chantier d’une culture berbère, n’a rien fait de tel comme contribution a son pays que rédiger un travail de « création intellectuelle sur la culture aztèque... » (1) avant d’accorder une interview à un quotidien Parisien où il confond inquisition chrétienne, monarchie marocaine et l’Islam et la Révolution algérienne.
On peut facilement comprendre pourquoi notre jeune génération a tout à gagner en se défiant de tels intellectuels (2). Les vérités d’un Kateb Yacine ou d'un Malek Haddad, même si elles ne font pas l’unanimité, sont les actes de foi patriotiques, un désir profond de communier.
L’incident que certains milieux ont tenté de récupérer n’a, il faut dire, aucune commune mesure avec la tournure qu’il a prise. Les valeurs arabo-islamiques fondamentales de notre société et, principalement l’Islam qui a trouvé le meilleur accueil en Kabylie, n’ont jamais été édifiées sur l’intolérance et le repli sur soi-même. La Nation algérienne a trouvé son unité dans sa diversité et si, à un moment donné, nous avions jugé avec une grande sévérité les passions non retenues de jeunes, enthousiastes certes, au nom de l’arabisation, il convient par ailleurs, en pareil cas de dire à ceux qui se réfugient derrière d’autres slogans, d’observer la plus grande vigilance à l’égard de ces slogans. Au moment où la Direction politique, à l’écoute des masses prend en charge tous les problèmes des citoyens, afin de les résoudre de manière globale et juste, notre peuple n’a que faire des donneurs de leçons et particulièrement de gens qui n’ont rien donné ni à leur peuple ni à la révolution , à des moments ou la contribution de chaque algérien à la cause nationale était symbole de sacrifice et d’amour de la patrie. La langue arabe - revendication de notre peuple - est notre langue nationale et il est tant qu’elle reprenne la place qui lui revient dans tous les secteurs d’activités du pays.
Nous ne pouvons en effet continuer à lier le destin des générations futures et notre indépendance à une langue étrangère qui fût la langue de nos oppresseurs, de notre dépersonnalisation.
L’arabisation, contrairement à ce qu’en pensent certains passéistes bornés et « Mac Cartyses » de la culture se traduira dans notre vie de tous les jours de façon réfléchie et révolutionnaire et avec l’adhésion de l’ensemble des Algériens. L’expérience nous a appris que toute tentative d’imposer quelque chose à notre peuple est vaine et relève d l’irresponsabilité.
La culture algérienne sortie, de ses ghettos, de ses inhibitions et de ses interdits - dus le plus souvent à quelques bureaucrates trop zélés qu’à autre chose-doit renaître grâce à l’apport des Algériens qui n’ont pas été engendrés quoiqu’en disent certains dans le berceau de la Rome antique ni dans ce du royaume du Macherek. Elle est l’expression d’une civilisation arabo-islamique qui s’est tondue harmonieusement dans les traditions et spécificités des peuples d’Afrique du Nord. Les plus grands acquis de notre peuple ne se sont pas réalisés à coups de slogans, ni contre volonté des masses populaires." K. B.
(1) Les "Aztèques" ce glorieux peuple anéanti par les Conquistadores, a fait aussi l’objet d’études célèbres de la part d’un certain Jacques Soustelle de triste mémoire. Curieux choix de ce thème.
(2) S’agissant de la participation à la guerre de libération est-il nécessaire de rappeler son refus de souscrire à un manifeste en faveur du FLN en 1956 et on dédain pour les moudjahidine de 1954, qualifiés par lui dans les colonnes de "l’Echo d’Alger" de chacals des Aurès.
(les renvois 1 et 2 sont de l'auteur)
«Dans la vie des jeunes nations, les périodes marquées par des débats particulièrement conflictuels sont plus au moins bien vécues. En Algérie, ces affrontements sont admis comme des épreuves maturantes de la vie publique quand ils ne dépassent pas le stade verbal.
Cependant, d’autres situations imposent à l’homme politique des interventions plus délicates parce qu’elles mènent à des interpellations, voire des oppositions qui impliquent des femmes et des hommes avec lesquels on partage sacrifices et espérances. Dans notre pays, les responsables ont généralement évité ce genre de confrontations, leur préférant les commentaires confidentiels. Les apparatchiks « qui se mettent en réserve de la République » trouveront cette contribution peu politique. Je le sais et n’ignore pas qu’elle peut susciter polémique et procès d’intention.
Elle est dictée par le rejet du confort de l’esquive et la conviction que la loyauté et la responsabilité exigent de s’exprimer, aujourd’hui, sur une lourde tendance à l’abandon national qui occupe chaque jour les segments moteurs du progrès et de la liberté. Cette fascination du pire, aussi inattendue que périlleuse, perturbe repères et valeurs.
Ainsi, quand les islamistes s’adonnent à l’entrisme, ils font preuve d’un remarquable sens tactique. Lorsque des démocrates intègrent un gouvernement, dont le programme est conçu sur la base de leurs positions fondamentales, ils renient leurs convictions.
Quand en 1994 le FIS produit à Rome un texte à travers lequel il impose la charia à des formations qui ne se réclamaient pas de l’islamisme, des observateurs avaient longtemps perçu dans ce document « un contrat national proposant une solution globale, démocratique et politique à la crise ».
Une réunion de la coalition gouvernementale où siègent deux partis islamistes débouche sur un communiqué sommant chacun de se soumettre à l’ordre républicain, de s’engager en faveur du projet démocratique avec toutes les libertés y afférentes, de condamner le terrorisme et de saluer les patriotes qui ont sauvé le pays…, elle est suivie par des commentaires oscillant entre le cynisme et le mépris « devant une rencontre sans relief ».
Quand un général en retraite se prononce pour l’amnistie des GIA, le ban et l’arrière-ban jurent qu’il engage la République à travers sa plus haute autorité : le chef de l’Etat. Quand un ministre de l’Intérieur refuse l’agrément à un parti qui se proposait de se constituer sous la base d’une formation dissoute, la presse décrète « qu’il ne s’agit là que d’un avis personnel ».
On peut, dans la foulée, noter l’indifférence quasi générale qui a accompagné l’installation de la commission de refonte de l’éducation dont la lettre de mission constitue une remise en cause fondamentale de l’approche qui a prévalu en matière d’enseignement jusque-là. A juger la promptitude des réactions et la virulence des attaques que lui ont réservées les islamo-conservateurs, on peut supposer que, eux, ont saisi les enjeux.
Disqualifier, par principe, tout propos ou conduite officiels est, désormais, le postulat qui définit et délimite la compétence et l’éthique. Dieu sait pourtant qu’il y a matière à redire sur les insuffisances gouvernementales sans devoir sombrer dans le nihilisme.
Extrait de Tunisie où il posait quelques problèmes à un pays ami de la France qui, il est vrai, a tout fait pour se compliquer la vie par une gestion pour le moins maladroite du cas, le journaliste Ben Brik sera invité à se taire par le ministre des Affaires étrangères en personne sitôt arrivé à Paris. On ne croit pas savoir que la presse française ait trouvé l’injonction attentatoire à la liberté d’expression dès lors qu’elle leur était motivée par les intérêts supérieurs de l’Etat ; notion, il est vrai, galvaudée dans notre pays tant on en a usé et abusé.
On imagine sans mal les légitimes protestations des Français, de gauche ou de droite, face à quelqu’un qui se serait avisé à dire que Jean Moulin, semble-t-il porté sur le bon vin, ait pu mener telle ou telle action de résistance du fait de l’imprégnation alcoolique. Dans le même ordre idée, on peut, sans risque d’erreur, supposer que, si d’aventure, un journaliste, fut-il de l’extrême-gauche, venait à s’en prendre à l’honneur d’une Lucie Aubrac, toujours vivante (1), donc capable de se défendre, la France, puisque c’est elle le modèle, se serait, n’en doutons pas, unanimement indignée.
Mauvais présage, un livre accusant Abane Ramdane d’être un traitre (2), rien que cela, ne sera dénoncé que par sa veuve, réduite à courir, seule, les tribunaux pour faire condamner une ignominie.
Dérisoire consolation, la tendance à l’autodestruction n’est pas l’apanage de la presse. La position de cette dernière préoccupe, cependant, un peu plus car on ne la voyait pas accompagnant, de façon active, ce vertige suicidaire.
Appartenant à une génération extérieure aux déchirements de la guerre et d’après-guerre et ayant longtemps combattu les triturations des symboles de la nation dans les arcanes clientélistes, je me considère autorisé et mis en demeure d’exprimer mon désaccord devant une recherche systématique de la dévalorisation de nos mythes fondateurs, qui plus est, se pose comme le préalable et la condition de l’autonomie intellectuelle pour nombre de nos élites.
L’extension de dérapages, initialement limités à des publications mineures et éphémères et qui avaient fait de la provocation une devise, a atteint une telle échelle que cette contamination par le bas prend un caractère d’urgence. Elle nous interpelle tous.
Le traitement de l’affaire Ben Brik et de la réunion des partis de la coalition gouvernementale, entre autres, pose la question du devenir de la relation sociale et, secondairement, celle de la communication : la presse nationale, publique ou privée, s’est-elle suffisamment préparée pour affronter une phase historique inédite ?
La première, engluée sous la tutelle étatique et enkystée dans l’autocensure, végète tout en se desséchant. Les grandes plumes qui ont acquis le métier vieillissent. Certaines sont en retraites, d’autres se sont exilées ; celles qui se sont reconverties dans la presse privée n’écrivent plus ou si peu, absorbées quelles sont par les problèmes de gestion.
Les journaux, puisque la radio et la télévision sont toujours inaccessibles aux investissements particuliers, ne parviennent plus à se trouver une identité, une éthique et une qualité professionnelle qui prolongeraient dans la durée, maintenant que la paix revient progressivement, un crédit construit pendant la dure époque où il fallait survivre à la répression du pouvoir et à la folie islamiste.
N’insistons pas sur les organes d’Etat dont l’évolution dépend de la mutation des institutions et convenons que, puisque ces dernières sont en plein réaménagement, il y aura nécessairement un temps mort entre le dépassement d’outils informationnels délétères et la naissance d’un service public digne de ce nom.
Occupons-nous à essayer de comprendre ce qui empêche la presse privée d’assurer sa mutation-sa refondation ?-selon les exigences d’une époque où, pourtant, les événements et les évolutions constituent un terreau exceptionnel pour l’émergence d’une nouvelle pédagogie de l’information.
Les obstacles, traditionnellement à l’origine des limites du nombre et de la qualité des titres dans le tiers-monde, sont connus : problème d’argent, faiblesse du lectorat, censure et/ou répression des pouvoirs publics…
L’argument financier ne vaut pas pour les principaux quotidiens algériens puisque, et c’est à leur honneur, la plus part sont des entreprises florissantes. Le lecteur ne fait pas défaut ; l’Algérien lit et, malgré la crise sociale, nombre de citoyens achètent deux, voire trois journaux par jour.
Pendant longtemps, la censure a prévalue sous diverses formes : tracasseries judiciaires, pression par l’intermédiaire de la publicité, etc. quel que soit le point de vue que l’on soutient devant le refus obstiné du président algérien à s’adresser à la presse privée nationale, nul ne peut contester le fait que pas un journal n’a été inquiété depuis une année.
Qu’est-ce qui fait qu’en dépit d’une prospérité financière et d’une liberté de travail que lui envient bien des médias du Sud, la presse privée algérienne s’enlise dans la surenchère, cette autre forme de conformisme, et ne parvient pas au niveau de qualité qu’en attendent maintenant les citoyens ?
Les partis politiques ont des stratégies de communications médiocres, a-t-on avancé. Sans doute. Mais est-ce suffisant pour expliquer le fait que le sanglant et l’invective soient devenus des menus hégémoniques ?
Pour le bien de notre presse comme pour celui de notre société, il faut refuser de se résoudre à ces réductions. La difficulté à trouver de bons journalistes dans la jeunesse n’explique pas une certaine forme de régression, tant dans la qualité de l’écrit que dans la fiabilité de l’information.
La tentation grandissante d’un arbitrage narcissique, étouffant l’observation, témoigne d’une évolution préoccupante. La prudence et l’humilité qui ont marqué la naissance de notre presse cèdent devant les certitudes et les excès. L’outrance tient lieu d’autorité, le raccourci et la caricature dispensent de l’investigation et le jugement remplace l’analyse.
On a pu penser un instant que la longue privation de liberté avait conduit le journaliste à refuser, a priori, toute forme de concession à l’autorité au point de préférer l’hostilité à la recherche de la vérité. C’est un réflexe classique dans l’apparition de la presse post-parti unique dans le tiers-monde.
N’est crédible que celui qui contredit ou agresse. Les pays d’Amérique latine ont connu une brève période d’emballement médiatique les mois qui ont suivi leurs ouvertures démocratiques. Mais le souci de l’équilibre à vite repris le dessus, convaincus qu’étaient les journalistes, argentins notamment, que leur crédibilité ne pouvait survivre longtemps à la seule fringale du spectaculaire.
Le problème, en Algérie, et que cette phase de défoulement, au lieu de s’estomper, dure et s’aggrave avec le temps, altérant sévèrement l’image de la presse plurielle, non pas devant les pouvoirs publics mais du point de vue du lecteur auprès duquel les responsables des journaux ne semblent pas vouloir constater l’érosion qui affecte la confiance mise dans leur profession. Il serait pour le moins regrettable d’attendre la désertion du citoyen pour prendre acte de son droit à une saine information.
Le recours à l’évocation des martyrs de la presse algérienne pour justifier l’insuffisance ou la faute professionnelle ne serait convaincre ; d’une part parce que la mémoire des disparus condamne à l’excellence, d’autre part parce que nous avons trop longtemps dénoncé la confiscation des morts par lesquels le régime a légitimé ses dérives pour laisser se produire la manœuvre sur un registre aussi sensible que le droit de savoir.
Nulle personne, soucieuse de liberté et de progrès, n’a intérêt à voir se prolonger cette situation ou le chaînon vital qui peut amener les Algériens à une saine connaissance d’eux-mêmes et, le cas échéant, une meilleure organisation de leurs solidarités se délite dans l’abus et la gabegie d’un pouvoir sans contrôle ni bilan.
Mais la pire des choses qui puisse nous arriver et de nous enfermer dans le tabou, fatal celui-là, qui vaudrait que ces titres, parce que n’appartenant pas au pouvoir, soient, a priori, bons et donc non critiquable. C’est parce que l’acquis majeur dans l’Algérie de l’an 2000 reste la presse privée, qu’il faut la préserver.
Ce qui se dit aujourd’hui en catimini doit pouvoir s’exprimer au grand jour. Il est injuste que les jeunes journalistes soient sous-payés quand ils font bien leur travail, il est dangereux de constater, qu’à l’inverse de ce qui se fait ailleurs, pas un titre n’a cru devoir organiser des cycles de formation pour les nouvelles recrues ou des séminaires de perfectionnement pour les plus anciennes. Se mettre en difficulté avec la réglementation fiscale n’est pas la meilleure façon de défendre sa liberté…
Il serait dommage que notre presse privée, dont l’apparition fut, à bon endroit chantée, ici et ailleurs, comme l’un des symboles les plus tangibles d’une légitime aspiration du Sud à l’émancipation démocratique, soit, en définitive, l’instance qui aura eu le plus de peine à s’installer dans la performance et la transparence au moment où le pays, toutes catégories sociales et toutes institutions confondues, se remet en question.
Dans ce monde de grisaille où se bonifie le pire, la création du Conseil de l’éthique apparait comme une lueur d’espoir. Souhaitons-lui bonne chance.
En tout état de cause, il y a en la matière, urgence pour une bonne pause. La responsabilité militante, le droit citoyen comme le devoir d’amitié pour les professionnels de la presse commande, aujourd’hui, de le dire. »
El Watan, n° 2886 du 7 juin 2000
(1)-Lucie Aubrac (de son vrai nom Lucie Samuel) est née le 29 juin 1912 à Paris, décédée le 14 mars 2007. Elle fut une résistante française à l'occupation allemande et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.
(2)- Ali Kafi,Du militant politique au dirigeant militaire (mémoires).
L’absence de l’information crédible laisse place aux rumeurs
"Il y a ce malaise de nos gouvernants à ne pas pouvoir, ou vouloir, communiquer avec les citoyens par les différents supports existants : les médias lourds qu’ils contrôlent et la plupart des titres de la presse écrite, dont le nombre est aujourd’hui assez considérable, et qui ne demandent qu’à accéder à l’information au lieu de tomber dans le cercle infernal de la rumeur qui finit souvent par des démentis cinglants par ceux-là mêmes qui sont censés communiquer.
Les différents gouvernants, à quelque niveau de responsabilité où ils se situent, ne se sentent pas obligés de répondre aux différents questionnements de la société par le biais de la presse. Ils sont encouragés par une certaine culture officielle ambiante qui fait de la non-communication des actes de gestion des affaires de l’État. Pourtant, le premier magistrat du pays a fait montre, à l’entame de son troisième mandat, d’un regain de confiance à l’endroit des journalistes algériens auxquels il a instamment demandé de l’aider dans la recherche de l’information crédible et dans la lutte contre la corruption, un fléau qu’il a lui-même qualifié de “menace à la paix sociale”. Ainsi, en l’absence d’une information juste, le silence fait tache d’huile et la rumeur prend le relais à des stades d’élucubrations par certains titres qui poussent alors l’État à réagir par de vertes mises au point. Les exemples qui vont suivre accréditent cette gestion. Déchiffrage.
Accord d’association avec l’UE et la nécessité d’une révision
Signé le 1er septembre 2005, il est prévu une relecture avec des correctifs cinq ans après, c’est-à-dire le 1er septembre 2010. Comme par hasard, par des fuites organisées, on apprend que cet accord nous est défavorable même si l’on sait tous que la conclusion de ce traité, dans les conditions que l’on découvre aujourd’hui, avait été fait sciemment ; l’Algérie de l’époque étant à la recherche d’une reconnaissance politique. Pour certains spécialistes qui l’ont décortiqué, cet accord fait ressortir des incohérences et des inégalités dans les échanges. Au lieu d’organiser des centres de réflexion avec les concernés qui ont eu à en payer les frais (opérateurs économiques), universitaires, encourager des sujets de thèse, le programmer pour un débat public au Parlement, on se contente de faire la moue et de dénoncer un texte qui a été signé et approuvé par ceux-là mêmes qui le vouent aux gémonies. Ces négociateurs d’un État souverain ont donné leur approbation en leur âme et conscience. S’il est prouvé une quelconque incompétence, il faut non seulement changer les hommes, mais bloquer un processus dans lequel l’Etat s’est engagé. La communication à ce niveau a donné lieu à un fouillis incompréhensible même pour les initiés du dossier de la coopération.
Le retour inattendu des moines de Tibhirine
La sortie d’un général à la retraite face à un juge d’instruction, qui ouvre une information judiciaire, fait partie d’une normalité routinière, mais elle a donné du grain à moudre pour une certaine presse encore sous le charme macabre du “Qui-tue-qui ?”. En revanche, la sortie impromptue du président français, en présence d’un ami de l’Algérie, en l’occurrence le président Lula du Brésil, avait de quoi sortir de ses gonds l’Algérie qui a plus que souffert de ces années de terrorisme.
Encore une fois, c’est le silence radio au niveau officiel. Ce qui a poussé encore une fois la presse à répondre. Chaque titre à sa façon, en fonction des lignes éditoriales. Il y eut un tel cafouillage jusqu’à déterrer un repenti pour lui organiser une “presque conférence de presse”. Heureusement qu’il s’est trouvé des Patriotes pour réagir et répondre aux élucubrations de Buchwalter. C’est vrai que le silence est d’or, mais il peut être interprété comme un aveu de faiblesse.
Concessionnaires automobiles dans le flou
Ce n’est encore qu’une rumeur faute d’une information officielle. La taxe sur l’acquisition des véhicules neufs sera revue à la hausse. Vrai ou faux ? Devant le silence de l’autorité en charge du problème, le citoyen prend pour argent comptant ce que rapportent les médias, se basant sur des sources.
Même si le texte officiel, la loi de finances complémentaire, est encore à l’état de projet, une telle décision a dû être discutée au niveau gouvernemental ou tout au moins dans le cadre d’une rencontre interministérielle. Le conseil des ministres du 21 juillet dernier n’a pas évoqué cette taxe. Probablement, le gouvernement aurait préféré la reporter pour la prochaine loi de finances de 2010. Toujours est-il que les concernés, à savoir les concessionnaires automobiles n’ont pas été invités à des consultations. Ils apprendront peut-être la nouvelle au même titre que l’ensemble des algériens. Ce qui est une aberration.
Loi sur les investissements
Même chose pour cette nouvelle réglementation qui a dû être prise par le gouvernement sur la base de rapports et d’études, en ayant à l’esprit “les intérêts du pays”. L’information est sortie depuis près de quatre mois et fait l’objet de discussions et d’interrogations chez les concernés qui n’arrivent pas à trouver la bonne carburation pour communiquer même au niveau des ministères, dont ceux du Commerce et de l’Industrie. La sortie de l’un de ces derniers a été vite corrigée par son homologue des finances. Toute décision d’un état est souveraine, il aurait juste fallu communiquer les raisons et surtout les précisions tant attendues par les opérateurs étrangers installés en Algérie depuis des années. Étant à un même niveau d’information, chaque partenaire serait libre de prendre la décision qui lui convienne le plus au lieu de tout laisser dans un flou et une expectative déroutants.
Grippe porcine
Cette pandémie qui n’épargne aucun pays, à moins de se mettre dans un isolement total, a obligé l’OMS à produire des informations régulières pour pouvoir suivre son évolution et cette information ne peut émaner que des pays membres.
En Algérie, c’est encore une fois les médias qui ont donné l’alerte en annonçant des cas positifs, ce qui a poussé les autorités à réagir. Par à-coups plus pour calmer les populations que pour les sensibiliser (...) Malheureusement, le citoyen n’a droit qu’à des sorties de ministres qui jurent leurs grands dieux qu’aucun malheur ne peut nous atteindre, alors que le minimum aurait été d’interdire le pèlerinage à La Mecque pour les personnes âgées, donc fragiles. Il y va de la santé du citoyen.
Ce ne sont que quelques exemples récents traités superficiellement qui, une fois de plus, interpellent les pouvoirs publics en vue de mettre en place une communication institutionnelle, d’une part, et entrer de plain-pied dans l’intelligence économique, d’autre part (…)"
Source : Liberté du dimanche 26 juillet 2009
La presse banalise-t-elle l’arbitraire ? Dans une contribution publiée par la revue française Diplomatie, (numéro 36 du juillet-août), Saïd Sadi, président du RCD, est revenu sur l’attaque dont avait fait l’objet le siège du parti de l’avenue Didouche Mourad à Alger centre. Les faits remontent, comme le rappelle M. Sadi, au 10 avril 2009. Ce jour-là «le maire d’Alger centre, accompagné de son vice-président, ancien détenu de droit commun, lance un commando de délinquants contre le siège du Rassemblement pour la culture et la démocratie, parti de l’opposition démocratique, qui avait décidé de hisser des drapeaux noirs sur ses locaux pour dénoncer une campagne électorale ubuesque faisant suite à une violation de la constitution qui allait offrir la présidence à vie à Bouteflika. » Quelques jours auparavant, ajoute-t-il, la télévision publique, qui avait ignoré les activités de l’opposition des années durant, avait consacré son journal de vingt heures à relayer les anathèmes des organisations satellites du pouvoir qui condamnaient « les ennemis du peuple et de la nation qui avaient souillé l’emblème national». L’auteur de la contribution prend toutefois le soin de préciser que « la narration de ces faits et la description sommaire de leurs auteurs n’apportent pas vraiment des nouveautés pour qui observe la scène algérienne. » La nouveauté résiderait, selon lui, dans «la banalisation de l’arbitraire ». A cet effet, M. Sadi écrit ceci : «L’agression du siège (…) n’a soulevé ni émoi ni condamnation. Les organisations des droits de l’homme se sont accommodées du fait, les rares intellectuels encore présents dans le pays ont détourné les yeux et la presse privée a rapporté l’évènement comme elle l’aurait fait pour un fait divers.»
Par Mustapha Hammouche
L’Assemblée nationale a refermé une laborieuse session marquée par le vote d’une loi. Évidemment satisfait du travail réalisé par son institution, le président de l’APN a conclu son discours de clôture“en souhaitant à la presse un plus grand professionnalisme dans la couverture des activités parlementaires”.Comme on trouve toujours le temps de faire la leçon aux journalistes quand on n’a pas grand bilan à défendre ! Cela fait tellement longtemps qu’il ne nous parvient de l’hémicycle que des discours de campagne. À telle enseigne qu’on avait oublié qu’un Parlement, c’est fait pour discuter et voter les projets de loi que le gouvernement dépose et, si possible, d’en initier d’autres.
De ce côté-là, Abdelaziz Ziari n’avait pas grand bilan à présenter; il s’est rabattu sur le“débat”sur le plan d’action du gouvernement et la… diplomatie parlementaire. Depuis que l’Assemblée s’est transformée en comité de campagne contre l’alternance au pouvoir et pour un troisième mandat, il n’y avait plus de surprise à guetter du côté de l’hémicycle : le“débat”autour du programme du gouvernement ne pouvait être qu’une séance d’encensements mutuels. Le professionnalisme de la presse consistait-il à dire que le gouvernement a évité la motion de censure dans un pays où ce risque n’est même pas concevable ? Quant à la“diplomatie parlementaire”, l’APN a peut-être oublié de nous en communiquer les performances. La dernière prouesse diplomatique de notre Assemblée a consisté à offrir une tribune à son homologue iranienne pour y expliquer la légitimité de la répression d’électeurs sortis revendiquer le respect de leurs voix. Ce qui est tout à fait conforme au réflexe de solidarité des systèmes autoritaires. Il faut dire qu’en la matière, iln’était pas nécessaire de déployer de gros efforts pour atteindre“la convergence de vues”sur la nécessité de défendre“la démocratie islamiste”.
En lisant, avant-hier, la remarque d’un confrère selon laquelle une seule loi sur la cybercriminalité a été“débattue”et votée, on ne pouvait qu’être sidéré par l’improductivité législative de notre Assemblée. Que peut donc le professionnalisme de la presse pour un travail parlementaire qui tient plus du commissariat politique que de la fonction législative ?
Une seule loi, et une loi répressive, passée subitement parce que certains évènements ont éveillé le régime à la nécessité de surveiller nos téléphones portables et nos ordinateurs !
Que peut le professionnalisme de la presse pour une institution qui, depuis qu’elle est multipartite, soit depuis douze ans, n’a pas encore produit un seul texte législatif d’initiative parlementaire ?
Tout se passe comme si c’était la vocation des journalistes d’être la seule profession à recevoir des conseils d’éthique et de professionnalisme. Et parfois par des représentants de corporations qui sont loin de faire leur métier, en termes d’assiduité comme en termes de normes.
C’est parce que son personnel politique n’est pas défendable que le pouvoir le protège contre toute évaluation publique. C’est justement tout le contraire de la démocratie. Et c’est aussi ce qui le rend inapte à juger du professionnalisme des métiers de liberté.
Source : Liberté, le dimanche 12 juillet 2009
Dans un entretien donné au Temps d'Algérie, Lazhari Labter revient sur son intérêt à l'écriture en général et au journalisme en particulier.
Extrait:
(...)
On vous connaît beaucoup plus en tant que poète et journaliste. Maintenant vous passez à autre chose. Est-ce par nostalgie ?
Effectivement, j'ai commencé à écrire de la poésie, non seulement en langue française mais aussi en arabe. Je n'ai jamais abandonné la poésie, j'ai un recueil qui devrait paraître dans quelques mois. Donc, j'ai pensé non seulement aux poésies classiques mais aussi à la poésie aux vers libres. comme celle de Samih El Kacim, Mahmoud Derwich, Nezar Kabbani… qui m'ont marqué profondément, et la poésie que j'écris est celle de «l'amour courtois», liée en faite aux moualaquate, Abla, Madjnoun Leïla… Il y a aussi Aragon. Il s'est sans doute inspiré de Madjnoun Leïla pour écrireLe fou d'Elsa.
C'est cette poésie qui m'a toujours intéressé. Quant à moi, la majorité de ma poésie a été
dédiée à ma femme Yasmina que j'ai toujours chantée. A l'exemple de Benguitoune, de Abdallah Ben Keriou….
Le journalisme, c'est le métier que j'ai exercé pendant trente ans. Ce métier m'a permis de rencontrer des artistes, des écrivains, des hommes de cinéma et ces contacts ont été fantastiques. Il y a eu une période où l'Algérie a été frappée par un séisme de forte magnitude entre 1988 et 1998, comme je me trouvais avec Khaled Mahdi (que Dieu ait son âme) du bureau d'Alger de la Fédération internationale des journalistes en 1995, j'ai publié un ouvrage chez Harmattan sur nos confrères assassinés, qui n'était pas complet.
Ce n'est pas facile d'assister à la mort de nos confrères, nos camarades emportés souvent à la fleur de l'âge.
Il y avait plus d'une centaine assassinés entre 1993 et 1998, alors je tenais à écrire ce livre. Donc, c'est en 1998 que j'ai complété cet ouvrage paru chez Chihab et qui s'intituleJournalistes algériens 1998 – chronique des années de terreur mais d'espoir. Je dirai que la presse algérienne à joué un rôle capitale dans la résistance patriotique contre ces gens qui voulaient faire balancer l'Algérie vers l'archaïsme, à des temps révolus.
Comment êtes-vous venu à l'édition ?
L'amour de la lecture m'est venue de ma soeur. Très jeune en la voyant revenir de la bibliothèque avec des livres, je m'asseyais à côté d'elle et elle me racontait des histoires. Et lorsque, j'ai appris à lire, je lisais des contes et la bande dessinée, des livres de la bibliothèque verte, ensuite d'autres livres. La passion de la lecture, on la développe en étant jeune, d'où l'importance des familles à mettre des ouvrages à la disposition de leurs enfants. J'étais fasciné par le livre mais aussi curieux de sa fabrication. J'ai vu mon père jardiner, j'ai vu le ferronnier tordre le fer, mais le livre je n'avais aucune idée comment on le fabriquait, d'autant plus qu'à Laghouat il n'y avait pas d'éditeur.
Après donc le métier de journaliste et avec le recul, c'était naturel pour moi de me lancer dans l'édition, car c'était mon rêve d'enfant. J'ai travaillé durant quatre ans comme directeur d'édition à l'Anep. Quelque temps après, j'ai créé ma propre maison d'édition Lazhari Labter.
Source : le Temps d’Algérie, le dimanche 21 juin 2009
Dans cet éditorial,Abdelkrim Ghezali revient sur la création de la fédération nationale des journalistes algériens (FNJA).
« ON aurait aimé que les choses se passent autrement. Mais que faire quand on ne dispose pas des moyens de ses rêves ? La Fédération des journalistes algériens est née après une grossesse nerveuse qui aura duré plusieurs années. Après tant de fausses de couches qui auront altéré une matrice pourtant fertile, après le MJA, l’AJA, le SNJA et le SNJ, la FNJA voit le jour sous le parrainage de l’UGTA.
L’avenir et le devenir de ce dernier-né dépendent de ce que ses adhérents voudront en faire. Les organisations précédentes ont été livrées à des directions qui les ont vidées de leur sens, de leur substance, qui les ont détournées de leurs objectifs initiaux, pour en faire des appendices d’appareils politiques ou du pouvoir, abandonnant ainsi une corporation à l’atomisation, à l’éclatement, à l’errance dans un contexte socio-économique difficile.
Le Conseil d’éthique et de déontologie, le mort-né de la manipulation politicienne, n’a jamais rien fait pour la corporation. Comment peut-il faire quoi que ce soit puisqu’il n’est pas l’émanation d’un consensus de la corporation, mais le produit d’une fuite en avant insensée et de calculs mesquins qui ont violenté le principe même de l’éthique. Depuis toujours, l’éthique de la profession est laissée à la seule appréciation des pouvoirs publics, des tribunaux et d’un code de l’information qui s’applique selon les humeurs.
Il n’est jamais trop tard pour agir et se prendre en charge, même sous une tutelle. Un syndicat affilié à l’UGTA, c’est mieux qu’un syndicat qui a une indépendance illusoire. Ce dont les journalistes, notamment la nouvelle génération, ont besoin, c’est d’un instrument qui défende leurs intérêts matériels et moraux et non d’une officine qui se manifeste occasionnellement pour organiser des manifestations sportives à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, d’une structure qui les regroupe, qui renoue le dialogue entre toutes les composantes de la corporation sans exclusive, sans distinction de tendances politiques, ni de langue, ni d’organe, ni de toute autre considération de quelque ordre que ce soit pour peu que l e j o u r n a l i s t e o b s e r v e scrupuleusement les principes cardinaux ayant permis à cette profession d’occuper le haut du pavé sous d’autres cieux. Il revient donc à la profession de redéfinir ces principes.
La FNJA peut servir de catalyseur pour tous les professionnels de l’information pour se concerter et rédiger cette charte tant attendue et qui tarde à venir. Si les éditeurs sont appelés, eux aussi, à se structurer pour défendre leurs intérêts et pour offrir à la FNJA naissante un interlocuteur collectif, ils n’en sont pas moins concernés par cette charte d’éthique et de déontologie qui pourrait donner un nouveau souffle à la presse algérienne et présiderait à sa renaissance.
Les pouvoirs publics, à travers le président de la République, ont exprimé leur disponibilité à assainir l’atmosphère qui règne depuis un certain temps entre la presse et les autorités, et aider le secteur à se restructurer et assainir ses rangs et son environnement.
Des journalistes ont pris l’initiative de s’organiser. C’est au tour des éditeurs de le faire afin que la corporation puisse aller vers des états généraux représentatifs et sortir avec des propositions opérationnelles pour une réelle mise à niveau de la presse algérienne. » A. G.
Source : la Tribune, le 30 mai 2009